Acquittement de Jean-Pierre Bemba : entre joie et indignation

Samedi 9 Juin 2018 - 15:09

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La décision de la Cour pénale internationale (CPI) d’innocenter le leader du Mouvement de libération du Congo a suscité de nombreuses réactions dans son pays et en Centrafrique où elle a été très mal accueillie par l’association des victimes des atrocités des bataillons de la milice du MLC déployés dans ce pays pour soutenir Ange-Félix Patassé.

L’acquittement de Jean-Pierre Bemba aura permis à l’essentiel de la classe politique congolaise, notamment l’opposition, de se retrouver sur une analyse commune. « C’est une victoire évidente pour Jean-Pierre Bemba. Une défaite tout aussi évidente pour le président Joseph Kabila », a-t-on déclaré.

« Le vrai jeu politique va commencer avec ce grand leader de la scène politique congolaise en liberté », a dit, pour sa part, Vital Kamerhe, président de l’Union pour la nation pour le Congo (UNC), dans les minutes qui ont suivi l’acquittement de Jean-Pierre Bemba par la CPI, ajoutant qu’il ne faut « jamais enterrer quelqu’un avant la décision de Dieu ».

« Aujourd’hui est un grand jour pour les Congolais ! » a, quant à lui, réagi l’opposant Moïse Katumbi, qui adresse sur le réseau social ses « félicitations » à Jean-Pierre Bemba. « Son acquittement montre que la vérité finit toujours par triompher. A ceux qui utilisent encore des faux procès, cette décision marque le début d’une nouvelle ère de justice pour la RDC », a-t-il espéré.

Le MLC, parti de Jean-Pierre Bemba, par la voix du député Fidèle Babala, son bras droit, estime que « c’est un heureux aboutissement pour l’homme, sa famille biologique et politique, mais aussi pour le pays ». Il est convaincu que Jean-Pierre Bemba « qui reste en prison pour des raisons administratives retrouvera le plus tôt possible sa liberté ».

Condamné en première instance à dix-huit ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par ses troupes en République centrafricaine, entre octobre 2002 et mars 2003, le sénateur et ancien vice-président de la République démocratique du Congo a été acquitté le 8 juin en appel. La majorité des juges de la CPI a relevé de sérieuses erreurs dans le jugement, notamment la non prise en compte de circonstances atténuantes en sa faveur.

Cette annonce n’a pas manqué de déclencher quelques scènes de liesse à Kinshasa où le retour de ce rival sérieux du président Joseph Kabila est perçu comme une occasion d’avoir un homme de poigne pour l’élection présidentielle prévue en décembre prochain.

Qualifié de « figure de proue » du MLC, alors groupe armé, par la CPI, « Jean-Pierre Bemba n’a pas exercé un contrôle nécessaire » pour empêcher les quelque mille cinq cents hommes composant les trois bataillons du MLC déployés en République centrafricaine (RCA) pour soutenir Ange-Félix Patassé, alors président de la République, à commettre des attaques contre les civils, avait expliqué Sylvia Steiner, juge principale de la chambre de première instance III de la CPI, lors de l’audience publique à La Haye.

Un coup dur pour l’association des victimes en RCA…

L’espoir des victimes de voir Jean-Pierre Bemba condamné pour des meurtres et viols commis par ses hommes en RCA s’est très vite tourné en déception. En effet, la décision de la CPI sera ressentie comme un énorme coup porté aux nombreuses victimes, a aussitôt réagi Amnesty international. « L’acquittement de Jean-Pierre Bemba Gombo par la CPI est un coup pour les victimes en République centrafricaine », a indiqué cette ONG.

Selon Solomon Sacco, responsable de l’équipe « Justice internationale » d'Amnisty international, « la décision sera ressentie comme un énorme coup porté aux nombreuses victimes de la guerre contre les femmes, menée en Centrafrique à travers une horrible campagne de viols et de violences sexuelles ».

Pour les victimes, c’est un long processus qui devrait servir de leçons au chef de guerre qui écument le pays. Me Nicolas Tiangaye, président de la Ligue centrafricaine des droits de l’Homme à l’époque des faits, se dit choqué car, selon lui, c’est une décision politique en lieu et place de la décision de justice. « Jean-Pierre Bemba Gombo est libéré pour postuler comme candidat à l'élection présidentielle dans son pays et la Cour pénale internationale a déçu », a lâché l’ancien Premier ministre de la transition.

Les victimes ne décolèrent pas pour autant, c’est le cas de Bernadette Sayo, présidente d’une organisation des victimes, qui qualifie d’insupportable la décision de la CPI. « Les mots me manquent pour commenter cette décision, je n’ai pas la tête sur les épaules. Qui peut parler de réparation et qui peut croire en la justice surtout avec le lot des victimes que nous avons sous les mains ? », s'est-elle interrogée.

En novembre dernier, plus de cinq mille victimes identifiées dans le jugement en première instance de la CPI avaient interpellé cette Cour basée à la Haye, aux Pays-Bas,  pour réclamer des réparations individuelles.

Yvette Reine Nzaba

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