Afrique: retour triomphal des Russes

Mercredi 16 Janvier 2019 - 12:34

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Les récentes activités de la Fédération de Russie au Soudan et en Centrafrique font l'objet de nombreuses interrogations. Parallèlement au renouvellement des relations économiques, des hommes d'affaires russes sont actifs dans le secteur de la sécurité. Ce qui donne à penser que la Russie est de retour sur le continent.

Moscou a noué des relations officielles en matière de sécurité avec Bangui, un pays en proie à des troubles d'ordre sécuritaire et soutenu par l'ONU. C'est également le cas au Soudan. Mais la Russie a tendance à minimiser sa nouvelle influence en Afrique.

L'ex-Union soviétique a été un acteur important sur le continent africain, jusqu'à ce que son poids économique et politique diminue avec la fin de la guerre froide. Aujourd'hui, ce pays  "cherche à rétablir et à renforcer sa présence sur le continent africain", selon Inna Andronova, de l'École supérieure d'économie de Moscou.

Les exportations d'armes sont l'un des domaines d'intervention de la Russie en Afrique. L'Algérie est son plus gros client sur le continent, selon des données de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). L'Egypte est également un important client. D'après les données du Sipri sur les exportations d'armes, en 2016-2017, la Russie a reçu ou livré des commandes provenant de plusieurs pays africains, notamment l'Angola, le Burkina Faso, le Cameroun, la Guinée équatoriale, le Ghana, le Mali, le Nigeria, le Soudan et le Soudan du Sud. Il s'agit des hélicoptères de transport et de combat, d'avions de combat et de systèmes de missiles sol-air. Les commandes ou les livraisons portent sur des équipements d'occasion, restaurés, bon marché par rapport à ceux des fournisseurs occidentaux mais, assez robustes et fiables, ce qui peut les rendre attrayants pour les pays Africains.

Moscou a également des ambitions économiques en Afrique, précisément des minéraux (manganèse, bauxite et chrome) importants pour son industrie. Rusal, une société russe de production d'aluminium, importe un quart de sa bauxite à partir des mines de la Guinée. La Russie s'intéresse également aux diamants. Alrosa, sa compagnie nationale d'extraction de diamants, a signé un accord avec l'Angola en 2017.

Rosnet (une société pétrolière russe) a ouvert un bureau au Mozambique, où il a deux concessions d'exploitation de gaz off-shore. Selon Paul Stronski, chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale (États-Unis), la Russie a plusieurs avantages à coopérer avec les pays africains riches en ressources naturelles, compte tenu du coût élevé et de la complexité de "l'extraction de minerais, de pétrole, de gaz, etc., dans certaines parties de la Sibérie ou de l'Arctique''.

Ainsi, en 2018, Moscou a signé des accords avec l'Angola, la Namibie, le Mozambique, le Zimbabwe et l'Éthiopie, pour renforcer ses relations économiques avec ces pays, et conclu un accord avec l'Érythrée pour la construction d'un centre commercial. D'autres économies émergentes comme la Chine, l'Inde et l'Indonésie ont aussi accru leurs échanges commerciaux avec l'Afrique durant ces dernières années. La Russie a donc intérêt à se positionner sur le commerce mondial en renforçant ses relations avec l'Afrique.

Pour Paul Stronski, "dans des pays comme la République centrafricaine- où la France est traditionnellement la puissance la plus influente -, sa présence est la preuve que la Russie peut agir dans des domaines que l'Occident considère comme sa sphère à lui".

Noël N'dong

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