Afrique/France : lancement officiel de la Fondation franco-africaine pour la croissance

Jeudi 17 Juillet 2014 - 11:37

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Michel Sapin, ministre des Finances et des Comptes publics, Arnaud Montebourg, ministre de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique, et Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international, ont officialisé à Bercy le lancement de la Fondation franco-africaine pour la croissance en présence d’entrepreneurs, financiers, scientifiques, personnalités des secteurs du numérique et de l’audiovisuel

Elle s’appuie sur un réseau rassemblant des acteurs africains et français. Sa vocation est d’intensifier les relations économiques entre l’Afrique et la France au service d’une croissance inclusive et durable associant l’ensemble des acteurs, à travers la formation académique et professionnelle, la promotion active des échanges et des investissements croisés et un rôle de plaidoyer pour les échanges entre le continent africain et la France. Il s’agit de mettre un peu du pragmatisme et d’efficacité dans les relations franco-africaines face à la concurrence des autres pays, notamment la Chine.

« L’Afrique est un continent convoité », a souligné Michel Sapin. « La Chine, notamment, cherche depuis plusieurs années à s’y placer en première ligne, pour répondre à la demande d’une classe moyenne qui représentera dans les prochaines années entre 300 et 500 millions de consommateurs », a-t-il ajouté, déplorant qu’« au cours de la dernière décennie, la France n’[ait], elle, pas toujours perçu les signaux d’émergence de l’Afrique et [ait] laissé, à ses dépens, sa part de marché se dégrader significativement ».

« Comment peut-on avoir attendu aussi longtemps avant de lancer cette fondation ? », s’est interrogé Laurent Fabius.

L’objectif est de créer des partenariats avec toute l’Afrique, francophone, anglophone, arabophone, et lusophone, en s’appuyant sur le secteur privé. « Il était grand temps que la France monte sur le bateau de la croissance africaine », a estimé la ministre des Finances du Nigeria, Ngozi-Okonjo-Iweala, dans un message vidéo. Cette croissance est évaluée à 5% en moyenne sur la dernière décennie.

Le président de la Fédération des organisations patronales de l’Afrique de l’Ouest, Jean Kacou Diagou, a quant à lui appelé les entreprises françaises voulant réussir sur le continent africain à privilégier les partenariats avec les investisseurs locaux. « Les jeunes Africains ont changé par rapport à notre génération. Ils n’attendent plus les entreprises françaises. Ils vont avec les Asiatiques, les Canadiens, les Américains, les Marocains », a-t-il dit, ajoutant : « Je dirais qu'ils sont décolonisés de l’esprit. Il faut donc les reconquérir et, pour cela, créer des joint-ventures avec eux et non plus des filiales à 100 %. » Il a recommandé aux entrepreneurs français de « ne pas seulement exporter des Français dirigeants alors qu’ils peuvent en trouver sur place ». Une prime est donc accordée au secteur privé, considéré comme le moteur de la croissance.

Le maintien des élites en Afrique a aussi été abordé. À cet égard, le mathématicien Cédric Villani, lauréat de la médaille Fields, a souligné la nécessité « de développer un écosystème local pour permettre aux gens de faire des allers et retours, mais de ne pas se sentir exclus s'ils partent de leur pays ». De nombreux participants ont insisté sur un échange « gagnant-gagnant », comme cela se fait d’ailleurs avec d’autres pays.

Le principe de la fondation a été proposé en décembre 2013, lors du sommet de l’Élysée pour la paix et la sécurité en Afrique, par le président français François Hollande. Sa préfiguration avait été confiée à l’économiste franco-béninois Lionel Zinsou, président de PAI Partners, sur la base d’un rapport co-signé par l’ancien ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine, le directeur des assurances Prudential Tidjane Thiam, l’ancien directeur général de l’AFD Jean-Michel Severino et le banquier d’affaires Hakim El Karoui. Pour ses créateurs, cette fondation ne doit pas être une institution supplémentaire, « mais un réseau social des entreprises et de leurs contreparties dans la sphère publique et associative ».

Les pistes d’action identifiées sont les suivantes : la formation du capital humain, avec un financement de 3 millions d’euros par le ministère des Finances destiné à la formation professionnelle ; la coopération dans le domaine financier en vue d’améliorer les systèmes financiers et d’évaluer le risque pays ; la coopération dans le domaine culturel ; et les partenariats dans le domaine numérique à travers notamment l’e-learning 2.0.

Le rapport « Afrique-France : partenariat pour l’avenir » d’Hubert Védrine faisait état d’un doublement des flux économiques entre l’Afrique et la France dans les cinq prochaines années, aboutissant à la création de 200 000 emplois en France. Reste à savoir combien d’emplois seront créés en Afrique dans le cadre de ces nouvelles relations.

Noël Ndong