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Ayant perdu son meilleur ennemi...

Samedi 13 Janvier 2018 - 18:38

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En politique, les batailles les plus farouches sont quelque fois aussi une affaire de génération. Peut-être même très souvent. Le Zimbabwe en fournit un exemple patent. Avec le retrait de la vie politique du père de l’indépendance, Robert Gabriel Mugabe, le 21 novembre dernier, son opposant historique, Morgan Richard Tsvangirai, perdait tout bonnement son ennemi intime. Celui avec qui il a polémiqué pendant près de vingt ans, car c’est bien en 1999 que le syndicaliste professionnel a lancé le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), son parti politique. Et commencé sérieusement, si on peut dire, à poser des problèmes au vétéran de la lutte de libération de l'ancienne Rodhésie du Sud.

Morgan Tsvangirai n’a pas l’âge du vieux Bob, 94 ans, mais les vicissitudes de la vie l’ont diminué physiquement, et en même temps émoussé son activité politique. Il envisage désormais de passer la main. À 66 ans, il ne va plus combattre comme il l’a fait durant les deux dernières décennies, moyennant tout de même une récompense qu’il peut mettre au compte de sa pugnacité. De février 2009 à septembre 2013, il a exercé les fonctions de Premier ministre de son pays, au terme d’un processus électoral heurté entre son camp et celui du chef de l’Etat. Le gouvernement d’union nationale dont il a conduit les destinées eut le mérite de contenir une tempête de violences politiques qui aurait encore lourdement pesé sur le destin d’un Zimbabwe qui en a connu tant.

Il est vrai que si sa santé le permettait vraiment, le leader du MDC n’aurait pas décidé, comme il entend le faire, de « laisser la place à la nouvelle génération ». A vrai dire, le modèle d’alternance survenu dans son pays, avec une transition contrôlée de bout en bout par la Zanu-PF*, au pouvoir depuis le début des années 1980, était de nature à le tenir éloigné des allées du pouvoir. Pas très certain, en effet, que le MDC puisse gagner l’élection présidentielle prévue cette année, dans la mesure où les Zimbabwéens ne semblent pas lier le départ de Robert Mugabe au sort de son parti. L’actuel chef de l’Etat et candidat de la Zanu-PF, Emmerson Mnangagwa, a donc la chance de l’emporter en juillet-août prochain.

Au moins, pour un pays d’un peu plus de 14 millions d’habitants, l’échiquier politique zimbabwéen se construit autour de deux formations majeures, autour desquelles les acteurs défendent assez clairement les valeurs de l’alternance au pouvoir. En raison du préjugé moral d’être le parti de l’indépendance, la Zanu-PF a indubitablement les cartes en main pour encore durer. Mais, il ne suffit pas pour cela de gagner la prochaine élection. Il lui faudra s’engager à répondre aux demandes multiples de la population, lui servir quelque chose d’autre que la rhétorique anticolonialiste. Ce quelque chose de nostalgique fonctionnait à merveille sous Mugabe, notamment quand son régime était attaqué de l’extérieur par d’anciens colons, mais à vrai dire leurs descendants. Ce quelque chose de nostalgique ne peut plus être une parade aux échecs de la gouvernance présente.

Ce sera donc à peu près sur la performance des actuels-futurs dirigeants du pays, badgés Zanu-PF, que le MDC devra agencer son programme de conquête du pouvoir. Visiblement, cela ne se réalisera pas avec Tsvangirai comme chef de l’opposition. Il a peut-être cessé toute existence politique avec le départ de son redoutable adversaire. Dans ce moment où l’on parle de nouvelle ère au Zimbabwe, y compris par d’anciens fidèles de Robert Mugabe, on imagine que celui ou celle qui prendra la succession de Morgane Tsvangirai aura à cœur, aux côtés d’autres dirigeants, d’inscrire son pays sur la liste des nations du monde où la politique sert aussi à faire rêver le meilleur aux citoyens, à les éduquer contre les violences de toutes sortes.

*Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique.

 

 

 

 

Gankama N'Siah

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