Butembo-Beni Lubero : l’enlèvement des abbés Charles Kipasa et Jean-Pierre Akilimali continue de susciter des inquiétudes

Mardi 17 Juillet 2018 - 18:09

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Les jeunes nande vivant à Kinshasa l'ont fait savoir à Mgr Melchisédech Sikuli Paluku, dans une correspondance qu'ils lui ont adressée récemment.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réunis au sein de la Coordination des jeunes nande vivant à Kinshasa (Cojeunak), les nande ont écrit  à l’évêque du diocèse de Butembo-Beni à Butembo, Mgr Melchisédech Sikuli Paluku. Dans cette correspondance, ils se disent préoccupés par la situation de leurs pasteurs, les abbés Charles Kipasa et Jean-Pierre Akilimali, de la paroisse Marie Reine des anges de Bunyuka, au diocèse de Butembo-Beni, dans le Kivu, qui ont été enlevés depuis une année, sans nouvelles. « Nous n’avons pas de mots pour exprimer notre révolte après un acte aussi abominable que l’enlèvement de ministres de Dieu, ceux-là mêmes qui ont toujours eu des paroles de paix, d’amour et de fraternité entre les peuples. Un acte qui est dénué de sens puisque gratuit et d’une ignoble lâcheté », ont-ils écrit.

Ces jeunes ont également profité de cette occasion pour traduire l’expression de leur sympathie à ce grand pasteur qui exerce sa charge pastorale dans des conditions difficiles.

Un danger qui guette à l’horizon

Ils ont rappelé que dans l’histoire récente du pays en général et celle du Kivu en particulier, le déclenchement des crimes de masse a souvent été précédé par des actes de profanation ou d’intimidation des ministres sacrés et de l’élite du peuple. À titre illustratif, la Cojeunak a cité la guerre de l’AFDL, dont les affres n’ont jamais été démenties et qui a tragiquement fauché, dès son déclenchement, le 29 octobre1996, l’archevêque de Bukavu, Mgr Christophe Munzihirwa.  Alors que les rebelles du RCD, dès le début de leur guerre, ont envoyé en exil Mgr Emmanuel Kataliko, archevêque de Bukavu, « afin de le museler et commettre ainsi, dans le silence absolu, les crimes dont les horreurs restent gravées au fer rouge » dans les mémoires des ressortissants de cette partie de la RDC.

Dans leur énumération, les jeunes nande ont aussi rappelé que les massacres de la population civile qui sévissent dans la région de Beni depuis quatre ans, « sous le silence honteux et/ou complice de la communauté internationale et du gouvernement congolais », ont été précédés par l’enlèvement de trois prêtres assomptionnistes : Jean-Pierre Ndulani, Edmond Kisughu et Anselme Wasukundi. L’enlèvement, le 16 juillet 2017, des abbés Charles Kipassa et Jean-Pierre Akilimali a été concomitant au déclenchement d’un phénomène de criminalité urbaine dénommé « Kasuku », qui endeuille encore aujourd’hui la ville de Butembo et ses environs.

La Cojeunak a aussi épinglé les assassinats de l’abbé Romain Kahindo Kyavuyirhe en 2002, de l’abbé Christian Bakulene, en 2010, du père Vincent Machozi en 2016, les enlèvements des abbés Athanase Waswandi en 2017, Robert Masinda et Ildefonse Myatsi en cette année 2018, ainsi que les agressions contre certains professeurs de l’Université catholique du Graben qui semblent répondre au même mode opératoire dont l’objectif est visiblement de « frapper le pasteur afin que les brebis du troupeau se dispersent ». En effet, ont-ils admis, quiconque veut exterminer un peuple commence par en éliminer les élites.

Ces jeunes nande ont rappelé qu’après l’assassinat du père Jacques Hamel dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray par des islamistes, le 26 juillet 2016, le président français, François Hollande, déclarait : « Tuer un prêtre, c’est profaner la République » et annonçait l’application, « avec la plus extrême fermeté », des lois de la République. Mais hélas ! En RDC, les assassinats des pasteurs, leurs enlèvements, les massacres de la population sont devenus des faits divers qui n’émeuvent pas un seul instant les dirigeants, regrettent-ils. « Quelle est la responsabilité de notre gouvernement et du chef de l’État dans les drames qui se produisent et qui n’arrêtent pas de se produire ? Le contrat social, sur la base des élections démocratiques, n’implique-t-il pas que le président de la République et les institutions républicaines soient responsables de la sécurité des citoyens ? Combien de morts devrons-nous encore dénombrer, combien de pleurs, combien de personnes brutalement arrachées à notre affection, avant de voir une attitude ferme de l’Etat ? », se demandent-ils. En écrivant à l’évêque, ces jeunes nande attendent de lui « de faire parvenir leur cri du cœur aux décideurs de ce monde afin que la RDC, la province du Nord-Kivu et les territoires de Beni et de Lubero retrouvent la paix tant souhaitée ».

 

Lucien Dianzenza

Légendes et crédits photo : 

Le logo de la Cojeunak

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