Campagne électorale : le trio de tête en itinérance dans le Congo profond

Jeudi 6 Décembre 2018 - 17:34

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À dix-sept jours de la clôture des opérations de charme pour convaincre les électeurs, les trois prétendants mieux placés pour le fauteuil présidentiel mieu, précisément Félix Tshisekedi, Martin Fayulu et Ramazani Shadary mettent les bouchées doubles, en ratissant large dans l’espoir de susciter des adhésions massives autour de leurs candidatures respectives.

C’est déjà le compte à rebours pour les trois meilleurs candidats à la présidentielle qui jouent leur va-tout en jetant toutes leurs forces dans une bataille électorale qui ne laisse pas de place à la distraction. Ayant tous compris que Kinshasa n’est pas le Congo et que rien n’est gagné d’avance dans une ville où l'électorat est réputé fluctuant, ils ont décidé de mettre le cap vers l’arrière-pays, en investissant notamment la partie est du pays qui risque d’être déterminante lors du choix. Comme en 2008 et 2011, la partie orientale paraît être la cible de tous les candidats à la présidentielle, déterminés à mettre sous leur coupe des milliers de Congolais que la guerre larvée imposée par des groupes armés étrangers aura asservi des années durant.

Prenant le contre-pied d’Emmanuel Ramazani Shadary, le candidat du Front commun pour le Congo (FCC) qui a débuté par le sud-est du pays, précisément au Katanga réputé relativement calme,  ceux de la coalition Lamuka  et du Camp pour le changement (Cach) ont, quant à eux, décidé de mettre le pied dans le chaudron de l’est, en proie à une insécurité récurrente. Félix Tshisekedi et son directeur de campagne, Vital Kamerhe, séjournent, en effet, depuis quelques jours dans la province du Nord-Kivu. De Goma à Katana en passant par Kavumu et autres villages et localités de cette province, le ticket « Fatshivit » a enchaîné des meetings au grand enchantement des militants de l’Union pour la nation congolaise et de l’Union pour la démocratie et le progrès social, visiblement conditionnés. Un peu partout, les deux leaders politiques ont martelé sur l'alternance au sommet de l’Etat en stigmatisant, entre autres, le bilan désastreux du pouvoir actuel dont Emmanuel Ramazani Shadary assure paradoxalement la continuité.

Ils ont promis monts et merveilles à la population locale, notamment la gratuité de l’enseignement et des soins médicaux, l’amélioration des conditions de vie des policiers et militaires, la fin de l'insécurité, etc. Cependant, la suite du pèlerinage n'a pas du tout été aisée puisque les deux leaders n’ont pu joindre Walikale, à cause d'un décalage de vol régulier alors qu’au même moment, Martin Fayulu, le candidat commun issu de l’accord controversé de Genève, dont la mobilité est garantie après que l’Autorité de l’aviation civile a levé la mesure d’interdiction qui plombait au sol ses deux avions, lançait officiellement sa campagne électorale à Beni. Présentement, le tandem Félix Tshisekedi-Vital Kamerhe a posé ses valises à Bukavu, au Sud-Kivu, où il ne cesse de ressasser sa rengaine habituelle à grand renfort des promesses électorales.  

Encore la machine à voter…

Entre-temps, Martin Fayulu qu’accompagnent quelques cadres de Lamuka, à l’instar de la secrétaire générale du Mouvement de libération du Congo , Eve Bazaiba, et de l’ancien Premier ministre, Adolphe Muzito, a été accueilli à Béni par une foule en délire. Il aura déjoué toutes les prédictions. Une nouvelle fois, il a rejeté la machine à voter qu’il estime illégale, appelant ses électeurs à exiger les bulletins de vote papier et un fichier électoral sain. « S'il n’y a pas de bulletins de vote, il n’y a pas de vote non plus. S’il n’y a pas de bulletins, nous n’allons pas nous entendre avec Nangaa. La machine à voter est contre la loi. Ne donnez à personne la chance de voler notre élection, ne donnez pas la chance à Shadary de voler notre élection à cause de la machine à voter  », a-t-il dit. Après Beni, le candidat de Lamuka a mis le cap, par route, sur Butembo tout en improvisant des meetings dans certaines agglomérations le long du parcours avant de déboucher sur Goma, le chef-lieu du Nord-Kivu.

Pendant ce temps, le candidat du FCC s’affaire toujours dans le Grand Équateur après sa première tournée dans les provinces de l’ex-Katanga. C’est à Mbandaka qu’Emmanuel Ramazani Shadary a donné le go de sa campagne dans l’espace équatorien appuyé par les cadres du FCC originaires de ce coin du pays qui ont mobilisé leurs partisans dans un élan de consolidation de la coalition au pouvoir. Redynamisation du PPRD, le parti présidentiel, avec la nomination de nouveaux animateurs territoriaux dotés des moyens de leur politique, préparation des élections du 23 décembre et vigilance tous azimuts, tels sont les grands axes de son intervention, tant à Ingende, à Boende, qu’à Gbadolite où il a effectué une visite éclair.

Outre quelques actions d’éclat qu’il a eu à poser, notamment la remise des vareuses aux équipes locales de football, des pagnes pour les femmes et le paiement des frais d’hospitalisation des malades, etc., Ramazani Shaday a promis de résoudre l’épineuse question d’électricité, d’eau potable, de route et tant d’autres.   Dans la foulée, des gouverneurs de province, membres du Comité stratégique du FCC, continuent de donner de la voix en sa faveur. Prochaine étape, Gemena, le fief de Jean-Pierre Bemba.  

Les autres candidats à la présidentielle se contentent, pour le moment, des affiches, banderoles et des passages dans les médias, ou encore de petits rassemblements à Kinshasa. Certains attendent que les conditions sécuritaires et matérielles soient réunies avant de se lancer dans la conquête du Congo profond.

Alain Diasso

Légendes et crédits photo : 

Arrivée de Martin Fayulu à Butembo, au Nord-Kivu

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