Centrafrique : un chef anti-balaka transféré à la CPI

Jeudi 24 Janvier 2019 - 13:00

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Patrice-Edouard Ngaïssona, le leader de la faction de la milice à majorité chrétienne, arrêté en France, il y a un peu plus d’un mois, a été extradé le 23 janvier à la juridiction de la Haye, aux Pays-Bas, où il sera jugé pour crimes contre l’humanité et de crimes de guerre présumés qui auraient été commis en République centrafricaine (RCA).

C’est après avoir épuisé toutes les voies de recours devant la justice française que l’ancien ministre centrafricain des Sports a été livré à la Cour pénale internationale (CPI).

Son transfert a été fait par les autorités françaises en application d’un mandat d’arrêt du tribunal délivré pour les faits qui lui sont reprochés. Il fait suite à l’accomplissement des procédures nationales nécessaires en France, où Patrice-Edouard Ngaïssona avait été arrêté, le 12 décembre 2018.

Le greffier de la CPI, Peter Lewis, a remercié les autorités françaises et néerlandaises pour leur coopération dans l’arrestation et le transfert de ce présumé coupable centafricain. La Cour avait émis, le 7 décembre dernier, un mandat d’arrêt à l’encontre de l’ancien patron du football de la RCA, plus précisément pour crimes contre l’humanité, y compris des meurtres et tentatives de meurtre, des actes de torture, de persécution, de disparition forcée ou encore de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile, des missions d’aide humanitaire ou des bâtiments religieux. Ces crimes auraient été prétendument commis dans différents endroits en RCA, entre septembre 2013 et décembre 2014, selon la CPI.

D’après une source proche du dossier, la date de la première comparution de Patrice-Edouard Ngaïssona devant la Chambre préliminaire II de la CPI sera annoncée prochainement. Au cours de l’audience, cette chambre vérifiera l’identité du suspect et la langue dans laquelle il pourra suivre les procédures. Il sera informé des charges portées à son égard.

En attendant de connaître la suite de la procédure, Patrice-Edouard Ngaïssona, ministre de la Jeunesse et des sports sous François Bozizé, président de la RCA de 2003 à 2013, a confié à la presse qu’il niait toute implication dans les violences dans son pays. Il avait été élu en février 2018 au comité exécutif de la Confédération africaine de football, malgré les objections de mouvements de défense des droits humains.

Avec son transfert à la CPI, Patrice-Edouard Ngaïssona a rejoint dans les cachots un autre chef anti-balaka, Alfred Yekatom – dit Rambo – arrêté quelques semaines seulement plus tôt. Des extraditions que les anti-balaka et tous leurs soutiens dénoncent, taxant la CPI d’en faire un poids deux mesures. C’est pour cela que les responsables de ce mouvement qui font partie prenante du dialogue intercentrafricain ouvert le 24 janvier à Khartoum, au Soudan, avaient menacé de boycotter ce processus.

Le responsable Afrique de la Fédération internationale des droits de l’homme, Florent Geel, a d’ores et déjà assuré que la CPI travaillait également sur les cas d’ex-Seleka responsables présumés de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité en Centrafrique.

« Un certain nombre des acteurs anti-balaka trouvent qu’il peut y avoir une justice à deux vitesses ou en tout cas qu’ils sont pour l’instant les seuls ciblés. Ce qui pour l’instant est vrai mais, ce n’est pas un secret, la procureure de la CPI l’a dit elle-même : son bureau travaille sur la culpabilité d’un certain nombre de chefs et de responsables des Selekas », a-t-il confié.

 

Nestor N'Gampoula

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