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Christophe Bouramoué en 283 pages

Samedi 8 Février 2020 - 18:45

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Crayon en main, notant des belles pensées, je me suis attardé sur l’ouvrage de Christophe Bouramoué, paru chez l’Harmatan Congo-Brazzaville, l’année dernière. Un récit autobiographique au titre évocateur : Les Parcours d’un idéaliste. En 283 pages, l’homme se raconte, on va dire, sans langue de bois.

De sa petite enfance dans le village de sa naissance, Yonon, en pays Nzikous, l’une des innombrables tribus de la composante téké ; de ses fines balafres au visage, « caractéristique de la tribu du roi » ; de sa retenue quasi irréparable quand on lui parle des choses « spirituelles » ; de l’enthousiasme qu’il éprouve avec ses amis d’âge lorsqu’il est « embarqué à 7 ans à peine pour l’école », le brillant et timide petit garçon "avec une grosse tête" marqué par la phobie des fautes d’orthographe n’oublie rien. Christophe Bouramoué a connu la basse jalousie qui prend corps en milieu scolaire quand, en raison de vos notes de classe en hausse, les amis vous regardent à peine. Cela ne veut pas dire qu’il ne lui est pas arrivé de déchanter.

Comme cette anecdote qu’il rapporte en page 18. « Un jour, dit le maître au cours de l’exercice de calcul mental, un chasseur, muni de son fusil aperçoit juchés sur un arbre, admettons 27 pigeons. Il en tue 5 au premier coup de fusil. Il nous demandait combien d’oiseaux restait-il sur l’arbre ?  Sûr de moi, j’avais écrit sur ma copie : « il en restait 22 ». Non, Christophe, s’exclama le maître. Tu ne crois tout de même pas que les autres pigeons allaient attendre de se faire massacrer les uns après les autres. Apeurés, les rescapés se sont envolés au premier coup de fusil et donc il restait 0 pigeon sur l’arbre ! ». Réalisant l’absurdité de ma réponse je me suis mis à sangloter, ce qui naturellement fit rire toute la classe. »

A-t-il multiplié ce genre d’absurdité toujours ? Non, sur toute la ligne, non, si on poursuit le restant de sa scolarité. Précoce, le petit Bouramoué est reçu à son Certificat d’études primaires élémentaires à Lekana en 1953, après avoir « sauté » les classes de CE2 et de CMI. A douze ans, il devra quitter les plaines et savanes arides des sommets des Plateaux « d’où partent tous les cours d’eau », pour le bassin hydrographique de la Cuvette, à Makoua. Il découvrait la rivière Likouala qui baigne cette localité, y prendra son premier baptême de nage. Il écrit que la Likouala est la rivière de son enfance. Un téké venu des Plateaux revendiquant des attaches avec un ruisseau situé loin de chez lui, dans la Cuvette, chez les Makoua, voilà qui symbolise l’amour que Bouramoué voue à son Congo natal. Il rappelle que du Nord au Sud du Congo les peuples sont les mêmes et devraient gagner à cultiver pour l’éternité le vivre ensemble.

Après Makoua, Christophe Bouramoué rejoint Brazzaville pour y poursuivre son parcours scolaire. Comme tout enfant du village, les lumières de la capitale lui apprennent qu’il vient de changer de milieu de vie. Plus tard, son bac en poche, le voilà à bord d’un régulier d’une compagnie aérienne française pour l’hexagone, chez les Blancs. Longue formation en médecine puis spécialité. Chemin faisant, il rencontre une âme sœur, une Française, Nicole, avec laquelle il se marie et fondera par la suite une grande famille. Il étudie en France sans jamais abandonner l’idée de regagner son pays lui rendre ce qu’il lui a donné. Cette conviction chevillée au corps dissuade le Pr Bouramoué d’accepter toutes les offres qui lui sont faites pour rester sur place ou encore monnayer son expertise dans un pays d’Afrique centrale où la proposition de sa prise en charge est alléchante : « J’avais un devoir de reconnaissance envers mon pays », se consolait-il.

Les parcours, il y en a eu en relation avec son intégration à la fonction publique, avec la mise sur pied de l’Institut supérieur des sciences de la santé ou encore du projet du Centre hospitalier universitaire de Brazzaville ; sa nomination au gouvernement où il s’occupe successivement des portefeuilles de la Santé et de la recherche Scientifique, maillée pour ce dernier poste de quelques soubresauts, et aussi comme recteur de l’Université Marien-Ngouabi.

Ce n’est pas ce qu’il pense mais Christophe Bouramoué a cru à la politique, assez fortement, en intégrant l'Association des étudiants congolais-AEC-, et plus tard, le Parti congolais du travail-PCT-. Et là, il a sa définition de ce que l’on appelait à l’époque les cadres « rouges et experts ». Pour lui, il n’y avait rien de péjoratif dans cette vision. Quand arrive la vague de démocratisation, le voilà au-devant de la scène pour engendrer, tour à tour, l’Union des Forces démocratiques-UFD-, puis le Rassemblement pour la démocratie et la République-RDR-. On peut dire qu’il n’y a vu que du feu.

C’est peut-être sur la foi de toutes ces expériences parées d'ombres et de lumières, que sans haïr la vie, le fils de Ntsouo et de Ndzouéa tire cette conclusion : dans ses relations avec autrui, ne vivant jamais de calculs, il a souvent manqué de vigilance. Par conséquent- c’est l’expression qui revient le plus dans son récit- un idéaliste presque saint.

Attention : Les parcours d’un idéaliste comporte en addenda une mine d’or d’articles et informations scientifiques que les chercheurs peuvent consulter avec intérêt. C’est que Christophe Bouramoué, lui-même, a beaucoup œuvré dans ce domaine de la recherche en perpétuel renouvèlement.

Gankama N'Siah

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