Colloque sur Loango : des perspectives pour valoriser l’ancien port d’embarquement des esclaves

Mercredi 8 Mai 2019 - 13:15

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La conférence sur l’histoire et les héritages du site majeur de déportation des esclaves, dans le département du Kouilou, s’est tenue du 2  au 4 mai à la Chambre de commerce et à l’Institut français du Congo (IFC) à Pointe-Noire. Ces assises ont fait intervenir des spécialistes des questions sur les traites, la colonisation et les sociétés post-esclavage, qui ont relevé plusieurs idées prometteuses pour mettre en lumière ce site historique.

 

 L’événement initié par l’IFC a été organisé avec l’appui de l’ambassade de France au Congo, le soutien de l’Unesco en partenariat avec SBV consulting, Petrocongo, la Chambre de commerce de Pointe-Noire et d’autres sociétés comme Total E&P Congo. Historiens, Chercheurs et anthropologues ont partagé leur savoir sur les traites, la colonisation et les sociétés post-coloniales. 

Si les travaux du premier jour (dont l’auditoire a été constitué en majorité des élèves des lycées de la place) ont été axés sur l’histoire des esclavages et de la colonisation, le deuxième et le troisième jour ont porté sur les héritages de Loango, le tourisme mémoriel et le tourisme culturel dans le développement local. Des sous-thèmes tels « L’art royal d’Abomey : les chemins d’un patrimoine, de la traite à aujourd’hui » et «Projet scientifique d’un musée : l’exemple  du futur musée d’Abomey »  ont été développés par Gaëlle Beaujean. Arsène Francoeur a abordé les questions sur la dissémination de l’immense patrimoine des esclaves embarqués sur la baie de Loango (patrimoine dont il est difficile actuellement de faire un inventaire exhaustif du fait qu’il y a certains pays qui n’ont pas encore bénéficié de l’attention des chercheurs) et sur la restitution des objets et œuvres d’art du patrimoine africain. Il a aussi parlé de l’essor des musées à Pointe-Noire et dans le Kouilou.

L'histoire de Loango encore mal connue

L’état des lieux de Loango, fait par Joseph Kimfoko, conservateur du musée de Loango, et Samuel Mabanza, directeur départemental du Patrimoine et des archives du Kouilou, a révélé que l’histoire de ce site, le plus important des ports d’embarquement des esclaves vers les Amériques, est encore mal connue malgré son énorme charge historique et culturelle. Loango subit des agressions dont la plus grande est l’érosion marine qui ronge sa baie depuis quelques années. «Si vous arrivez sur place, vous allez constater que même les arbres ont été emportés. La mer détruit progressivement le site. Si des mesures urgentes ne sont pas prises, il risquera de disparaître», a plaidé Samuel Mabanza.

Mais, malgré ces agressions, Loango dispose encore des vestiges et des potentialités qui, mis en valeur, permettront de développer le tourisme mémoriel et le tourisme culturel, contribuant à son développement et à la diversification de l’économie du pays. Outre le problème relatif à l’érosion marine, il est également à régler les difficultés liées au manque d’infrastructures d’accueil, des archives, des structures muséales et mémorielles constatés dans le Kouilou, département où est situé le site, et à Pointe-Noire, ville dont le développement économique est indissociable de l’esclavage et de la colonisation. Un circuit touristique bien défini est à créer avec l'implication de la population environnante dans la préservation et la promotion de ce patrimoine. Il convient également de mener des recherches sur l’archéologie, recueillir les histoires orales sur l’esclavage et avoir une bonne connaissance de l’histoire du site qui devra être enseigné dans les écoles.

Impulser le tourisme de mémoire au Congo

L’espoir quant à la mise en lumière de ce lieu de mémoire est permis avec notamment l’existence dans le pays d’un plan destiné à le valoriser, les projets de la Fondation legs et mémoire qui construit actuellement un musée de mémoire dans Loango, le projet de création de la zone économique spéciale avec un port minéralier et surtout le projet «Route de l’esclave» de l’Unesco qu’Arlette Soudan Nonault, ministre du Tourisme et de l'environnement, a aussi mentionné dans son mot de clôture des travaux. Mais en attendant la réalisation de ce projet, elle a estimé qu’il est temps pour son ministère d’impulser le tourisme de mémoire au Congo, et à Loango en particulier.

Mises en œuvre, toutes ces perspectives feraient que, comme Gorée et Ouidah, Loango devienne un point de départ d’une impulsion économique et un pôle touristique émergeant qui permettra également aux Afro-descendants, en particulier Américains, de trouver des réponses à partir de ce lieu. On peut, tenant compte de cela, se permettre de dire que le site de Loango n’a pas perdu toutes ses chances d’être inscrit sur la liste du patrimoine culturel mondial.

Les travaux ont été clôturés par Arlette Soudan-Nonault, ministre du Tourisme et de l'environnement, en présence de Paul Adam Dibouilou et Alexandre Mabiala, respectivement préfet et  président du conseil départemental du Kouilou. Ils avaient été ouverts par Michel Pré, conseiller culturel de l’ambassade de France au Congo. Donnant leur importance, il avait évoqué les concepts de la mémoire commune et de l’imaginaire commun (se souvenir du passé et construire l’avenir ensemble). Les actes de l'événement seront publiés dans les jours à venir.

Notons que des projections de la série télévisée documentaire "Les routes de l’esclavage", coréalisée par Daniel Cattier, Juan Gélas et Fanny Glissant qui ont eu comme conseillers historiques Catherine Coquery-Vidrovitch et Eric Mesnard, sont prévues les 18 et 28 mai, dans la bibliothèque adulte de l'IFC.

 

Lucie Prisca Condhet N’Zinga

Légendes et crédits photo : 

-Une vue de la salle lors du colloque sur Loango/ Adiac - Des participants pendant la cérémonie de clôture / Adiac

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