Convention de l’opposition : entre devoir de responsabilité et distraction

Mardi 1 Avril 2014 - 16:23

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D’après Vital Kamerhe, ce forum est censé proposer à la majorité présidentielle et à la Ceni d’autres voies que celles de l’affrontement et du mépris des droits démocratiques ou de révision constitutionnelle.

C’est avec pompe que l’opposition représentée par la plate-forme « Sauvons la RDC » a ouvert lundi à la salle Notre-Dame-de-Fatima sa convention destinée à donner sa position officielle par rapport aux enjeux politiques de l’heure. Pendant trois jours, soit du 31 mars au 2 avril, cette frange de l’opposition est tenue de fixer les esprits par rapport à sa lecture des conclusions ayant sanctionné dernièrement la masse de la majorité présidentielle à Kingakati. L’évènement vaut certes la chandelle mais d’aucuns s’interrogent déjà sur l’efficacité des recommandations qui en résulteront. Déjà à l’ouverture, quelques opposants membres de la plate-forme ont manifestement exprimé leur dépit face à la tournure que prenaient les événements, à savoir le glissement vers le règlement des comptes.

En effet, les discours tenus en cette journée inaugurale par Vital Kamerhe et Martin Fayulu, respectivement président national de l’UNC et coordonateur des Forces acquises au changement (FAC), ont été fortement critiqués par quelques opposants membres de la plate-forme. C’est notamment le cas de Stève Mbikayi du parti travailliste qui redoute que ces assises ne virent au règlement de compte sur fond d’attaques personnelles, allusion faite aux discours virulents de deux précités ciblant des personnalités bien connues. Cette façon de faire s’écarte, d’après lui, de l’idéal de l’opposition qui devrait plutôt saisir cette opportunité pour essayer de consolider son unité en faisant front contre les velléités de révision constitutionnelles manifestées par la majorité.

Certains cadres de l’opposition ayant pris part à l’ouverture de ce forum craignent que leur plate-forme oublie l’essentiel de son combat politique pour se perdre dans une rhétorique truffée des critiques acerbes contre le pouvoir en place. D’autres voient dans la fixation faite sur la révision constitutionnelle une façon de contourner le déficit des matières au sein d’une opposition plutôt obnubilée par l’alternance en 2016 sans se donner les moyens de sa politique. Pour cette opinion, le débat sur la révision constitutionnelle distrait l’opposition qui aura plus à gagner en se concentrant sur son unité tout en développant des stratégies électorales plausibles en vue de parvenir à cette fin. À l’heure où la Céni se déploie dans le cadre de l’évaluation de l’opération de fiabilisation du fichier électoral et de stabilisation des cartographies opérationnelles sur fond de renouvellement du personnel électoral dans les provinces, l’opposition paraît ne pas être très regardant sur ce qui se fait. Et pourtant, c’est à ce niveau qu’elle est censée être plus entreprenante pour déjouer tous les pièges qui pourraient se dresser sur son chemin. Mais hélas !   

Des concertations bis  

Alors que s’ouvraient les travaux à Fatima, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/KML) a claqué la porte évoquant une « désorganisation ». En fait, c’est sous forte tension que s’ouvre cette Convention de la plate-forme « Sauvons la RDC » même si ses initiateurs tentent de jouer à l’apaisement. Pour Vital Kamerhe, il s’agira au cours ces assises « de passer à la loupe au sein des différents groupes thématiques les dossiers urgents de la République, pour qu’en tant qu’opposition constructive, nous puissions non seulement critiquer ce qui n’a pas été fait mais apprendre à nous oublier pour être au service de la Nation ». En fait, le président de l’UNC pense que ce forum est censé « proposer aux partenaires politiques de la majorité et à la Céni d’autres voies que celles de l’affrontement et du mépris des droits démocratiques ou de révision constitutionnelle ».

Avec ses groupes thématiques et ses commissions, le forum de Fatima débouchera, à coup sûr, sur des recommandations dont il faudra relativiser la portée étant entendu qu’elles n’engageront que leurs seuls auteurs. En l’absence de certaines forces reconnues de l’opposition telles que l’UDPS, le MLC et tant d’autres, ce forum risque de passer à côté de l’objectif, pensent maints analystes. Quelles incidences pourraient avoir les conclusions de ce forum sur l’actuel débat constitutionnel lancé par une majorité présidentielle qui a fini de croire en ses propres capacités de porter seul l’idéal démocratique ? Dieu seul sait. Entre-temps la proposition de la Céni portant sur le scrutin indirect pour l’élection des députés provinciaux, un schéma qui rend ipso facto l’obligation d’une révision constitutionnelle, la Convention de Notre-Dame-de-Fatima risque de s’avérer à terme, si on n’y prend garde, une perte de temps et d’énergies.

Alain Diasso

Légendes et crédits photo : 

Une réunion de l'opposition