Devoir de mémoire : « Congo 1905, Le Rapport Brazza » fait renaître de ses cendres l’histoire commune du Congo et de la France

Vendredi 7 Décembre 2018 - 13:45

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Le Mémorial Pierre-Savorgnan-de Brazza organise, du 4 au 8 décembre, en partenariat avec l’Institut français du Congo (IFC), une exposition précédée d’une conférence débat qui s’est ouverte en présence de l’ambassadeur de France au Congo, Bertrand Cochery. Elle cadre avec la troisième édition du festival international de la Bande dessinée du Congo.

L’heureuse circonstance qui fait coïncider la troisième édition du festival de la bande dessinée au Congo avec la conférence-débat sur «Congo1905, Le Rapport Brazza » est en elle-même un signe providentiel. C’est un aveu, celui de la poursuite d’une lecture de l’histoire coloniale dans la vérité de ses excès et dans la reconnaissance de ses exceptions.

Dix-neuf pièces revitalisant une page importante de l’histoire franco congolaise sont exposées au hall et au rez-de-chaussée du Mémorial Pierre-Savorgnan-de Brazza. Elles remettent au jour cette bande dessinée « Congo 1905, Le Rapport Brazza » des bédéistes français Vincent Bailly et Tristan Thil. Au cœur du récit, l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza, défenseur de la cause des Noirs, réduit au silence à l’époque coloniale.

« Nous voici donc en train de commettre l’acte de restitution d’un passé qui n’a pas été laissé aux mains des seuls historiens. A l’évidence, l’historiographie de la période coloniale contemporaine nous fait retrouver les traces d’un passé tu ou ignoré. Elle a longtemps souffert du conflit larvé entre histoire mémoire et politique. Cette relation triangulaire dominée par l’intrusion du politique dans le domaine des savoirs s’autonomise désormais grâce aux travaux pluridisciplinaires de haute facture », a expliqué Bélinda Ayessa, directrice générale du Mémorial Pierre-Savorgnan-de Brazza.

Cette bande dessinée, a-t-elle poursuivi, est une forme d’intelligence subversive et narrative, qui donne à voir par le dessin, le décor et les corps. En tant qu’intelligence graphique, elle pratique aussi l’ellipse et l’esthétique picturale. C’est sa façon à elle d’inviter le lecteur à faire partie du récit. Avant d’adresser quelques mots à Pierre Savorgnan de Brazza en ce jour hautement symbolique.

Dans son mot d’usage, l’ambassadeur de France au Congo, Bertrand Cochery, a reconnu qu’il est, en effet, de leur responsabilité, entendu comme devoir de mémoire et de lucidité, de rendre compte de l’histoire y compris voir surtout de ces zones gâchées ou oubliées à plus forte raison lorsque celles-ci l’ont été sciemment. Pour lui, les historiens ont un rôle crucial et unique pour sortir de l’oubli les zones sombres de l’histoire coloniale pour les remettre en lumière avec la précision de la méthode des faits qui sont suffisamment graves. 

« Après le départ de Pierre Savorgnan de Brazza de 1896-1897 et qui justifiera après son retour en 1905 et la rédaction de ce rapport tellement accablant sur les compagnies concessionnaires, sur certaines couvertures de crimes d’actes par les administrateurs et qui méritent aujourd’hui effectivement, grâce à cette bande dessinée, d’être enfin portés à la connaissance du grand public », a-t-il indiqué.

Au cours de cette conférence-débat, la Pr Catherine Coquery-Vidrovitch, ainsi que Vincent Bailly et Tristan Thil, ont permis à l’auditoire de prendre la mesure de l’acte symbolique qui continue à ressusciter la figure de Pierre Savorgnan de Brazza de l’ombre. « C’était un travail du sérieux pour faire connaître tout ce qu’il avait vu et tout ce qu’il avait souligné et fait remarquer par ses compagnons pour en faire un rapport au ministre de façon à changer les choses », a précisé l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch. Les auteurs de cette bande dessinée, pour leur part, disent avoir accompli leur devoir dans l’intérêt de la mémoire collective.

Quant à la bande dessinée " Le Rapport Brazza", il s'agit d'un ouvrage de plus de trois cents pages. L’essentiel de son contenu est un compte rendu de mission qui a séjourné dans les décombres de l’oubli. Vincent Bailly et Tristan Thil sont aussi auteurs de la bande dessinée au sous-titre évocateur "Le premier secret d’Etat de la Françafrique".

Elles ont réagi

Marie Audigier, directrice déléguée de l’IFC de Brazzaville: « Nous sommes très heureux de cette exposition. La venue de Mme Catherine Coquery-Vidrovitch est un événement et puis, la directrice générale du Mémorial nous a fait plaisir d’exposer les lettres manuscrites de Pierre Savorgnan de Brazza. Il a une petite écriture fine ».

Pour Joelle Epee, promotrice de la troisième édition du festival international de la bande dessinée du Congo « Bilili BD », cette exposition est symbolique. « Le thème de l’exposition, c’est "Le rapport Brazza 1905" et vous avez ensuite une série des planches qui montrent différentes étapes de sa vie avec son épouse quand ils décident de descendre dans les Afriques équatoriales françaises . Vous avez un extrait des atrocités qui ont été commises dans ces Afriques », a-t-elle indiqué.

Bruno Okokana

Légendes et crédits photo : 

Photo 1 : La directrice générale du Mémorial Pierre-Savorgnan-de Brazza et la directrice déléguée de l'IFC Photo 2 : L'ambassadeur de France au Congo prononçant son mot d'usage Photo 3 : Visite de l'exposition dans le hall du Mémorial

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