Économie nationale : une mise en garde sans équivoque contre les mesures « stériles »

Samedi 18 Août 2018 - 18:59

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Si une grande partie des entrepreneurs locaux plaide pour des meilleures opportunités d’investissement en RDC, un bon nombre d’entre eux déplore l’absence de visibilité et de lisibilité des mesures d’encadrement en vigueur dans le pays. 

Alain Boekwande, un économiste congolais, interrogé par notre rédaction, ne s’attend finalement qu’à peu de résultats des nombreuses réformes arrêtées en grande pompe dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires et des investissements. Selon lui, le gouvernement central est invité à faire de l’outil législatif et fiscal un véritable levier pour servir les politiques publiques et arriver à booster le développement des secteurs porteurs de croissance. Pour l’heure, Alain Boekwande voit plutôt, à travers les nombreuses réformes du reste légitimes du pays, un véritable outil de propagande politique. Pourtant, insiste-t-il, il a fallu mettre en œuvre les politiques ambitieuses sur les marchés publics pour résorber la problématique de l’emploi des jeunes et des femmes au Kenya. Le gouvernement kényan a initié une loi sur le marché public qui porte un accent particulier sur cette cible. Par conséquent, les chiffres prouvent à suffisance que ce pays d’Afrique de l’est a commencé à attribuer, grâce à cette loi, environ 30 % des marchés publics aux jeunes et aux femmes depuis le début des années 2013. Cette politique a provoqué une certaine vague dans la région, poussant un pays comme le Togo à chercher également à octroyer près de 20 % des marchés publics aux jeunes et aux femmes.

Bien encadrée, une loi ne peut conduire qu’à des changements majeurs au sein d’une société. Pour Alain Boekwande, le résultat final dépend surtout de la mise en œuvre effective des mesures d’encadrement. Il y a les étapes complémentaires de la promulgation d’une loi ou d’une mesure fiscale favorable et de la mise en œuvre des mesures d’accompagnement. D'après lui, sans la seconde étape, la seule promulgation d’une loi peut s’avérer tout simplement « stérile ». En RDC, plusieurs grandes réformes n’ont pas amené les changements escomptés faute des mesures d’encadrement ou de leur violation pure et simple. Pour s’en convaincre, il y a le cas de la libéralisation de la fourniture du courant électrique en 2014 qui souffre toujours de nombreuses zones d’ombre. L’autre cas cité concerne la loi sur la sous-traitance dans le secteur minier qui vise à revigorer les PME congolaises dans la course au marché public mais il faut reconnaître là aussi de nombreux dysfonctionnements.

Encourager l’entrepreneuriat local

Dans le Congo de demain, les efforts internes vont permettre au pays d’évoluer. Rien n’arrivera par un coup de baguette magique, met en garde Alain Boekwande. Au-delà des défis fiscal et législatif, le pays doit arriver à réduire autant que possible les obstacles moraux et sociaux à l’investissement. Seule une génération de Congolais plus alerte relèvera les défis futurs qui s’imposent au pays. L’État doit revenir à son rôle de régulateur et laisser suffisamment de marge de manœuvre à un secteur privé plus offensif et créatif, moins revendicatif, estime-t-il. « La RDC doit d’abord compter sur elle-même. Pour atteindre des vrais résultats, le pays devra investir en priorité dans l’éducation », a-t-il conseillé. Il faut arriver également à redynamiser tous les secteurs qui favorisent la production locale : agriculture, industrie légère, etc. Au besoin, rien n’empêche de changer le modèle de développement économique en s’orientant davantage dans la création de la valeur ajoutée locale et la ré-industrialisation. Enfin, le pays doit accorder une place de choix à la révolution du numérique. Voilà autant de défis pour bâtir la RDC de demain, conclut Alain Boekwande.    

Laurent Essolomwa

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