Education des enfants autochtones : Sorel Eta plaide pour la valorisation de l’école de la forêt

Jeudi 17 Janvier 2019 - 20:45

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L'ethnologue et responsable du groupe Ndima partage sa vie avec les Aka, une minorité des peuples autochtones du Congo menacée d’extinction. En fervent défenseur de la culture de cette population, il incrimine la non-valorisation de l’école de la forêt au profit de l’intégration des écoles Ora (Observer, réfléchir, agir).

Par définition, l’école de la forêt est, selon Sorel Eta, une pédagogie mise en place par des peuples autochtones afin de transmettre des connaissances et savoir-faire à leurs descendances. Elle se base sur l’écoute, l’observation et l’imitation.  A l’école de la forêt, dit-il, sont enseignées des matières comme la botanique, la zoologie, l’éthologie, la médecine traditionnelle, la pharmacopée, la musique, le chamanisme, la navigation forestière, l’ethnobotanique, la littérature orale… L’apprentissage à l’école de la forêt commence dès le bas âge.  

L’école Ora, quant à elle, est une méthode éducative spécialisée introduite au Congo, notamment dans la Likouala, au nord du pays, par des pères spiritains. Elle sert de transition pour l’insertion des autochtones dans le système éducatif officiel.

D’après Sorel Eta, il est difficile que l’enfant autochtone suive les deux cursus scolaires au même moment. « L’éducation chrétienne que les spiritains leur offre, à travers l’école Ora, va détruire leur système de croyance mais aussi leur système éducatif, fondé sur des méthodes contraires à celles de l’école Ora », a-t-il déploré.

"En allant à l’école Ora, l’enfant autochtone sacrifie son apprentissage à l’école de la forêt"

« L’apprentissage à l’école Ora ou aux écoles requiert du temps et de l’effort, six ans pour le primaire, sept ans pour le secondaire et bien plus encore. A cet effet, l’enfant autochtone qui va à l’école Ora ou dans une autre connaîtra certes quelques notions de la forêt mais, n’aura pas les mêmes compétences que celui qui a suivi la formation à l’école de la forêt. Cela aura pour conséquence la disparition progressive de leur culture car, par le biais des internats et chapelles érigés par l’école Ora, ces autochtones seront peu à peu délogés de leur environnement », a déclaré Sorel.

L'etnologue a ajouté: « Lors de mes prestations avec le groupe Ndima, les gens viennent aussi bien d’Europe, d’Amérique et d’Asie. La raison pour laquelle ils viennent, c’est la découverte des savoirs que seuls les autochtones détiennent le secret. Au lieu de leur apporter un système éducatif à l’opposé, il faut plutôt valoriser les méthodes d’apprentissage de leur école (l’écoute, l’observation et l’imitation) et promouvoir les connaissances et savoir-faire de ces autochtones (savoir médicinal, chamanique, ethno-biologique, musical…) »

Nomades, chasseurs-cueilleurs, conquis par les écosystèmes forestiers d’Afrique centrale, ces peuples qui vivent de chasse avec une connaissance époustouflante des arbres ont été poussés depuis les débuts de la colonisation à sortir de la forêt, à s’établir dans les villes ou à devenir comme les Bantous. Le premier problème auquel ils font souvent face, c’est celui du regard de l’autre, notamment celui que le Bantou ou l’étranger a sur leur écosystème forestier et leur mode de vie. C’est une société naguère heureuse qui subit aujourd’hui de multiples pressions.

Durly Emilia Gankama

Légendes et crédits photo : 

Photo: Sorel Eta

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