Film : « Basekwi » ou la renaissance de Bakolo Music international

Vendredi 1 Juillet 2016 - 22:42

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Projeté deux fois en avant-première, à deux jours d’intervalle, les 21 et 24 juin, au Centre Wallonie-Bruxelles, puis à la 7e Rue Limete, le court métrage met le projecteur sur les sept membres de l’orchestre tenus pour les derniers garants d’un héritage musical qui se dilue à mesure que les anciens disparaissent.

Les Bakolo Music internationalRéalisée par Junior D. Kannah, jeune cinéaste, photographe-reporter à l’AFP, Ba sekwi, comme l’indique son titre renaissent de leurs cendres ou sont de retour. C’est cette démarche qu’entreprend de mettre en lumière le film « tourné pendant sept jours avec des moyens bien limités sans aucun financement ». Les quelques Kinois qui ont eu le privilège d’assister aux deux projections du court métrage l’ont apprécié. D’une durée d’à peine vingt-six minutes, il est appelé à faire le tour des festivals du monde dans l’expectative de trouver un producteur dans l’un ou l’autre. Du reste, Ba sekwi est déjà en compétition au Festival international du cinéma de Kinshasa (Fickin) après sa participation appréciée au Cinef, Festival du cinéma féminin fin juin. Quant à sa sortie officielle, espère Junior Kannah, « pourrait intervenir le temps de trouver une maison de production ou de distribution prête à acheter le film de sorte à pouvoir payer l’équipe qui a tourné gracieusement ».

Au Cinef, le public à grande majorité jeune qui avait assisté à la projection spéciale à l’occasion de la soirée d’hommage à Papa Wemba et, par–delà à la rumba, lui avait fait un bon accueil. Comme quoi, l’histoire assez originale de l’orchestre mythique composé à ce jour notamment de Nzoku Mo Ko Buele, dit Bikunda, le saxophoniste Paul Mayena, alias May-Plau, le guitariste Michel Missy, le bassiste Roger Basilua, les chanteurs Willy Nzofu et Levic Vundu, le batteur Bulantulu Ndangi, sans oublier Isabelle, la danseuse avec ses cinquante ans révolus. Il a connu ses moments de gloire du vivant de son regretté leader, en l’occurrence Wendo Kalosoy, devenu Kolosoy, essaie, comme le phénix de renaître de ses cendres. Sa reconquête de la scène dont le film va servir d’une certaine manière de support commence d’ailleurs avec lui. « Le tournage a été réalisé dans des conditions assez difficiles », raconte le réalisateur. Un peu à l’image de la passe difficile qu’il a connue et dont il essaie de se remettre avec le concours de son nouveau manager Jeanne Vu Van, dira-t-on. Junior fait savoir que « plusieurs scènes ont été tournées très tôt le matin, vers cinq heures. Pour cela, il fallait se lever une heure plus tôt. Et le matériel utilisé, un appareil photo avec un micro amateur. Le technicien du son, un jeune apprenti, s’amenait avec son ordinateur doté d’un logiciel d’enregistrement et un micro de studio. Il a fallu faire avec le matériel quasi inadapté, sans oublier que le chef opérateur s’est adapté à la lumière africaine allant jusqu’à se contenter de lampes tempêtes pour éclairer certaines scènes de nuit, très original ». Toutes ces péripéties racontées avec une sorte de fierté d’avoir accompli un devoir ultime, n’ont heureusement pas empêché de faire un film de qualité appréciable. C’était en tout cas l’avis de plusieurs venus assister aux avant-premières parmi lesquels des jeunes réalisateurs.Les Bakolo Music international dans un extrait de Ba sekwi

Décor symbolique

En outre, tient à relever Junior à propos du décor du film qui a intrigué ceux qui l’ont vu. En effet, à commencer par les abris de fortune des refoulés du Congo-Brazzaville d’où l’on a vu sortir le saxophoniste May-Plau et aussi l’environnement sale du marché avec ses eaux stagnantes que traversent les musiciens a toute une symbolique. « Les Bakolo Music traversent toutes les insanités de la musique actuelle et volent à son secours mais aussi de l’éducation d’aujourd’hui. Ils défient ce monde, c’est à cela que renvoient ces diverses images malpropres », souligne Junior Kannah.

Au réalisateur de s’interroger : « Quelle musique doit –on entendre ? Est-ce celle d’aujourd’hui, truffée d’insanités ou alors de banalités. Mais, celle des anciens donne des conseils, parle de l’unité, du regroupement, du rassemblement et d’éducation, édifie et épanouit ». Et d’ajouter : « Les Bakolo Music, avec des thèmes plus éducatifs, parlent de la société, la famille et de l’unité, il faut faire le bon choix. Et écouter leur musique », a-t-il préconisé. Car, soutient-il, parlant de ses motivations à réaliser le court métrage  : « J’ai pensé tourner un film avec eux autour de la musique, l’éducation et je trouve leurs sujets instructifs avec des thèmes qui font preuve de réalisme, comme le dit Eric Tutsi dans le film ». C’est peut-être là le prétexte qu’il met en avant pour parler en définitive, et il le dit, que « Ba sekwi est un film évocateur. Il parle de la remontée d’un groupe musical qui avait cessé de jouer après la perte de son leader, du rassemblement de ses membres qui avaient échoué un peu partout. Le cas notamment de My- Plau parti à Pointe-Noire pendant 35 ans mais avait promis à feu Papa Wendo de réintégrer un jour le groupe alors que les autres n’avaient pas de quoi assurer la survie de l’orchestre ».

 

Nioni Masela

Légendes et crédits photo : 

Photo 1 : Les Bakolo Music international Photo 2 : Les Bakolo Music international dans un extrait de Basekwi

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