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Haftar-Sarraj: canons et diatribes

Samedi 20 Avril 2019 - 17:48

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Parce qu’il risque de s’enliser encore davantage, le conflit civil libyen, vieux de huit ans, donne à redire sur la conduite de ses plus illustres héritiers, belligérants malgré eux, que sont le Maréchal Khalifa Haftar et le chef du gouvernement d’union nationale, Fayez al-Sarraj.

Nuançons le propos : jusqu’au 4 avril (début de l’offensive des troupes du maréchal Haftar sur Tripoli), dans cette espèce de compromis des guerriers que s’étaient imposés les deux hommes depuis l’arrêt des conquêtes territoriales par leurs troupes, on s’accommodait de les nommer chacun selon une convenance diplomatique que les médias ont sans doute contribué à mythifier.

Pour parler du maréchal Haftar, on disait l’homme fort de l’est et chef de l’Armée nationale libyenne. Etabli à Benghazi où il est parvenu à épurer son « fief » de milices tentaculaires de ce qu’on appelait, il y a peu, l’organisation Etat islamique (aujourd’hui anéantie), l’homme a acquis une certaine notoriété qui en a fait l’interlocuteur de nombreux chefs d’Etat étrangers. On dit globalement que le Caire, Ryad, Paris, Moscou et Wahsington ne veraient pas d’un mauvais œil le coup de feu que donne de temps en temps le maréchal.

Et pour citer Fayez al-Sarraj, on évoquait le chef du gouvernement reconnu par la communauté internationale. A ce titre, là aussi, Sarraj a fait plusieurs capitales du monde pour y porter le message de sortie de crise, sans vraiment que ceux qui lui ont promis la paix ne sussent mettre en œuvre les mécanismes requis pour y parvenir. Les chroniqueurs et autres analystes des sphères diplomatiques créditent le chef du gouvernement libyen de l’appui de New York, entendu la capitale des Nations unies, Ankara, Doha, Londres et Rome. Comme dans le cas de son rival Haftar, il n’est pas facile de détailler la nature de ces soutiens supposés.

Une chose paraît claire cependant : les intérêts sont si nombreux et si divergents sur la Libye que toutes les initiatives de paix prêchées jusque-là ont lamentablement échoué. Alors qu’elle s’était préoccupée de la crise libyenne à ses débuts, qu’elle a continué à se mobiliser sur la question après la chute du colonel Mouammar Kadhafi, en octobre 2011, l’Union africaine n’a pas reçu les appuis qui lui auraient permis d’avancer sur ce dossier. Au contraire, les pôles de décision se sont tellement multipliés que le statu quo observé sur le terrain frisait (si ce n’est le cas toujours) la partition du pays.

Alors que les combats font rage autour de la capitale libyenne, les discours que l’on entend dans l’un et l’autre camp renseignent sur la dimension nouvelle prise par le conflit. Le gouvernement de Fayez al-Sarraj a lancé un mandat d’arrêt international contre le maréchal Haftar pour crimes de guerre; ce dernier s’en défend disant combattre pour l’intérêt du pays et du monde entier les terroristes qui infestent Tripoli et ses environs.

Les soutiens extérieurs des deux belligérants avaient beau jouer les innocents, on peut apprécier la nature des armes dont sont dotés les frères ennemis libyens alors que leur pays, malgré le fait de posséder du pétrole, n’a pas encore développé des industries de production des armes sophistiquées. Il est donc temps, peut-être, que les uns et les autres ne se voilent pas la face éternellement en profitant du malheur des Libyens. Il est temps qu’ils soutiennent la solution africaine à ce conflit comme l’ont toujours réclamé les acteurs du continent dont la disponibilité n’a jamais été démentie depuis huit ans. Si, bien sûr, les Libyens eux-mêmes souscrivent à l'impératif de sauver leur pays.

Gankama N'Siah

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