Interview. Cathy Latiwa Amato : «  Notre Fondation lutte pour l’autonomisation et l'indépendance des femmes et des jeunes filles »

Mardi 4 Septembre 2018 - 16:15

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La fondatrice de Latiwa development Foundation au Nigeria et en RDC détaille les activités que mène sa tructure dans ces deux pays liées notamment à l'accès à une éducation de qualité, à l'amélioration des conditions de vie de la population ainsi qu'à l'autonomisation des femmes et des jeunes filles.

Le Courrier de Kinshasa (L.C.K.) : Pouvez-vous d'emblée vous présenter à nos lecteurs ?

    Cathy Latiwa (C.L.) : Entrepreneure sociale et citoyenne du monde, je suis une épouse et mère d’une fille de 5 ans. Je suis née dans les années 1980 à Bukavu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). J’ai fait mes études à Kinshasa entre le lycée Motema Mpiko pour la biologie-chimie et l’université protestante du Congo où j’ai obtenu un diplôme en droit public des organisations internationales africaines. Ensuite, j’ai pu parfaire mon cursus avec une certification en politique internationale, ressources humaines et gestion de projets en Belgique. Basée actuellement au Nigeria, je suis cheffe de projet et chargée des programmes Genre et minorités au Centre européen d’appui aux élections, ECES . Je suis la fondatrice de Latiwa Development Foundation au Nigeria, en RDC et bientôt en Belgique sous l'appelation « AfricanProdev asbl » .

    L.C.K. : Quel est le point de départ de Latiwa Development Foundation et de Latiwa Art Fashion ?  Des particularités existent-elles entre les deux structures?

      C.L. : Latiwa Art Fashion (LAF) est une organisation globale. Une plate-forme de femmes bénévoles et originaires de différents pays qui croient que l’on peut briller et apporter de l’espoir aux personnes dans le besoin, où que l’on soit. LAF est un moyen commun de rencontre des amoureux de l’art (cinéma, musique, peinture …) et de la mode pour échanger sur la culture et les problèmes du quotidien dont fait face chacune à sa manière mais aussi de la société. Cette structure a permis de récolter des fonds pour différents projets de développement. D’où la création d’une fondation, une organisation non gouvernementale dénommée Latiwa Development Foundation pour avoir une organisation capable de recevoir officiellement les donations des organisations internationales, locales, publiques ou privées, afin de réaliser des projets de développement.

      Par contre, Latiwa Development Foundation (LDF DRC) est une association sans but lucratif et non confessionnelle de droit congolais, avec des objectifs correspondant à la réalité quotidienne au pays : améliorer le niveau de vie de la population: les orphelins, les personnes vulnérables et celles avec handicap ainsi que celles du troisième âge ; encourager et promouvoir l’entrepreneuriat par l’apprentissage des métiers et autres formations professionnelles ; promouvoir et renforcer les capacités d’auto-prise en charge des communautés ; promouvoir le sens de la responsabilité civile et l’éducation à la citoyenneté par la bonne gouvernance ; favoriser l’accès à l’enseignement, promouvoir l’épanouissement des nécessiteux, lutter contre la sous-alimentation et favoriser le développement social ; et éradiquer la pauvreté.

      LDF DRC s'intéresse également à la situation de la femme et de la jeune fille congolaise dans la société, sa place dans le développement économique mais aussi dans la prise des décisions politiques et autres. Que faire pour renforcer les capacités, mettre à jour le système éducatif pour un Congo fort ?…Voilà les questions sur lesquelles nous réfléchissons car la jeunesse est l’avenir d’une communauté, d’une société, d’un pays. Nous devrons nous soucier de l'amélioration de son sort et couper les sources qui détruisent sa croissance personnelle, économique, éducative.

      L.C.K. : En juillet dernier, vous avez organisé à Kinshasa une vente privée sur le thème "When Congo Meets Nigeria in Fashion ". Comment s'est déroulé l’événement?

        C.L. : Grâce à LAF, nous avons rassemblé, autour du thème « When Congo Meets Nigeria in Fashion » (Quand le Congo rencontre le Nigeria dans la mode, ndlr), plusieurs femmes congolaises et entrepreneures, avec leurs propres produits : Mapapa’s, La Courtelle, Accessorize Mouah et Pagne de Rêve. Notre invitée spéciale a été Maureen Ikem, designer nigériane et initiatrice de la marque « Sunny Rose », après son passage à Brazzaville au Salon du pagne africain. Il s’agissait, en fait, d’une exposition et vente des vêtements et accessoires pour hommes et femmes, des pagnes, des rouges à lèvres, des sacs, des bracelets et autres… Nous avons eu l’honneur d’avoir plus de cent participants qui ont payé leurs tickets et fait des achats lors de la soirée, afin de soutenir notre projet de construction de l’école primaire Boko Mpane à Kasangulu, l’une des périphéries de la ville de Kinshasa.

        L.C.K. : Justement, les 5% des recettes de cette vente privée ont été reversés pour la rénovation de cette école primaire à Kasangulu. Pourquoi ce choix ?

          C.L. : Les 5% des recettes de cette vente privée ont été reversé à LDF DRC pour commencer la construction de l’école primaire . Le choix est lié à deux objectifs de la fondation : favoriser l’accès à l’enseignement de qualité et améliorer le niveau de vie de la population . En réalité, cette école est issue d’un milieu défavorisé où les classes sont en paille et les enfants étudient à même le sol. L’argent versé fera partie du budget bouclé qui s’élève à 121 000$. Nous continuons notre collecte des fonds à travers le pays et à l’étranger auprès des organisations et des personnes de bienfaisance pour qu’ensemble, nous favorisions l’éducation pour tout enfant issu de tout milieu de Kinshasa et du Congo.

          L.C.K. : Quelles sont les autres activités déjà organisées dans le cadre de votre fondation en RDC ou au Nigeria?

            C.L. : LDF DRC existe officiellement depuis janvier 2018 et son agenda reprend déjà une  journée d’information sur l’hygiène bucco-dentaire  et une session de renforcement des capacités des éducateurs sociaux en psychologie de l’enfant, à l’orphelinat Mama Koko de Kimbondo. La vente privée dont je vous ai parlé tantôt. Nous avons aussi soutenu d’autres activités et initiatives de nos partenaires, notamment la journée de sensibilisation aux troubles des enfants autistes, organisée par l’école Les Amis de Daniel.

            Au Nigeria, où nous sommes actives depuis 2015, du point de vue de de l’éducation et du renforcement des capacités, nous avons soutenu financièrement, après une collecte des fonds, l’acquisition des compétences dans les micro-finances et l’alphabétisation de plus de cent femmes déplacées de guerres et veuves du nord du pays ; nous avons formé directement à la couture, avec l’aide d’une de nos volontaires, une vingtaine de jeunes filles orphelines âgées de 15 à18 ans. Nous sommes en phase de construction d’un atelier de couture pour dix d’entre elles. L’objectif ici est d'arriver à l’autonomisation et à l'indépendance des femmes et de la jeune fille.

            Nous avons également construit des salles de classe pour une centaine d’orphelins vivant dans un orphelinat de la périphérie d’Abuja …Du point de vue de la santé, nous avons aidé à récolter des fonds pour mille personnes vivant avec handicap d’une communauté à Abuja. Celles-ci ont eu droit à l’accès aux soins de santé dans un hôpital public de la ville. Nous avons organisé, en collaboration avec l’Union européenne au Nigeria, la projection du documentaire « L’homme qui répare les femmes », autour du célèbre docteur congolais Denis Mukwenge sur la situation des femmes dans les zones de conflits à Bukavu en RDC. L’objectif était de faire un parallélisme en rapport avec les filles Chibok et la situation des femmes victimes des violences de guerre au nord du Nigeria.

            La deuxième projection est celle du film britannique « Les suffragettes » qui parle des droits de vote aux femmes en Europe… L’objectif était de tirer des leçons et d'adresser des recommandations, par rapport à la participation des femmes dans le processus socio-économique mais aussi électoral et politique du Nigeria et de l’Afrique.

            L.C.K. : Quels sont les projets de votre Fondation ?

              C.L. : Pour l’instant, nous sommes focalisés sur la construction de l’école primaire Boko Mpane à Kasangulu. Nous effectuerons une descente après la rentrée pour offrir à ces enfants quelques fournitures scolaires. Les deux grands rendez-vous de 2019 à Kinshasa sont la sortie officielle de LDF DRC et le forum sur l’entrepreneuriat et les femmes afro descendantes. Le principe est de favoriser les échanges entre différents groupes de femmes et profiter de l’expertise des « change-makers. »

              Plus d'informations sur www.latiwa-artfashion.org

              Propos recueillis par Patrick Ndungidi

              Légendes et crédits photo : 

              Photo 1: Cathy Latiwa Amato Photo 2: Une vue de l’école primaire Boko Mpane à Kasangulu Photo 3 : Une activité de la Fondation au Nigeria

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