Interview. Elyon’s : « Je sors beaucoup de vannes dans la vraie vie »

Samedi 23 Février 2019 - 14:41

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Auteure de bande dessinée (BD) à l’humeur badine devenue humoriste par la force des choses après avoir été encouragée par un aîné dans le stand up, Joëlle Ebongue, alias Elyon’s, a fait sa première kinoise sur le podium de la première Halle Comedy Club, le 22 février. Après avoir co-présenté le show avec Ronsia, la principale tête d’affiche de la soirée, la perle camerounaise qui a posé ses valises à Brazza a raconté à Le Courrier de Kinshasa son passage de la BD au stand up et sa joie de se produire sur la rive gauche du fleuve Congo.

Elyon’s sur la scène de la Halle Comedy ClubLe Courrier de Kinshasa (L.C.K.) : Pourriez-vous dire à nos lecteurs qui est Elyon’s  ?

Elyon’s : Je suis auteure de BD, je fais du stand up et je suis aussi la fondatrice du Festival international de la bande dessinée en face, au Congo- Brazzaville, Bilili BD.

L.C.K. : Comment expliquez-vous votre passage de la plume au micro ? Serait-ce l’envie de donner vie à votre personnage ?

Elyon’s : Cela s’est produit naturellement parce que la BD, au fond, c’est raconter des histoires qui parlent aux gens et sonnent vrai. Et, la vie d’Ebene Duta, cette BD humoristique d’une fille qui a la poisse, a une vie de merde. Elle est légalement à l’extérieur de son pays d’origine, vit différentes aventures et des quiproquos. Dans ma vie personnelle, j’ai vécu différentes situations de sorte que je pourrai me reconnaître dans le personnage que j’ai créé. D’ailleurs, c’est quelque part, poussée par le besoin d’exprimer ce ressenti, que je l’ai créé. Un moyen de partager des choses que je vivais et m’étais rendu compte que plein d’autres personnes faisaient la même expérience. Mais elles pensaient être les seules à avoir une vie de merde alors que l’on aspire tous à vivre des vies meilleures mais ce n’est pas toujours comme on le souhaite. C’est un discours sur la résilience. Et donc, comme je raconte beaucoup d’histoires dans ma BD et qu’en général je sors beaucoup de vannes dans la vraie vie, l’humoriste camerounais Valérie Ndongo m’a encouragée dans ce sens. Mais c’est un tout autre exercice, ce n’est pas juste raconter car sur scène, il y a un public, un échange. Avec le papier, le lecteur lit dans sa chambre, je ne le rencontre pas forcément. Alors que là, sur la scène, le public est présent, il a donc fallu un temps d’adaptation. Mais cela vient naturellement lorsqu’on aime déjà raconter des histoires.

L.C.K. : Comment avez-vous vécu votre première scène à Kinshasa  ?

Elyon’s : J’ai trouvé le public de Kinshasa très, très réceptif. C’est vrai qu’il y a eu même des moments où il l’était un peu trop. À la limite, il voulait partager le micro avec moi… Mais c’est aussi cela qui le qualifie, c’est pour cela que l’on fait ce type de métier. Ce n’est pas la télévision, c’est du live avec des personnes vivantes, lorsqu’on envoie quelque chose, c’est pour recevoir en retour. Cela peut-être des rires, des réflexions, des paroles, une idée géniale de quelqu’un qui est là dans son coin et c’est pour cela qu’il la trouve géniale. Cela fait partie du jeu du stand upeur. Dans le théâtre, c’est tout autre chose, les comédiens donnent et le public applaudit à la fin tandis que dans le stand up, c’est l’effet ping-pong. J’ai beaucoup aimé avoir un public réactif qui me renvoie ce que je lui donne plutôt que de lâcher des vannes et ne rien recevoir en retour. Cela donne juste envie de partir. Ronsia et Elyon’s MC de la Halle Comedy Club

L.C.K. : Plusieurs fois dans votre spectacle, vous avez rappelé que le show était gratuit. Cela vous a-t-il gêné que ce soit le cas ?  

Elyon’s : Oh non ! Mais j’ai plutôt trouvé très marrant cette différence avec ici, c’est qu’au Congo-Brazzaville tout comme au Cameroun, les gens ne viennent pas quand c’est gratuit. Parce qu’ils se disent que tous types de personnes pourront venir, ce ne sera pas filtré et les choses vont aller dans tous les sens. Il y a le phénomène nanga boko chez nous au Cameroun, les enfants de rue et à Brazzaville, ce sont les « bébés noirs » et les gens ne viennent pas aux spectacles gratuits parce qu’il y a un mélange et les gens se font agresser à la fin. Là, c’était assez inédit de voir que c’était plein de monde, des jeunes et des moins jeunes. Et, en coulisses, on charriait sur le côté gratuit car les gens sont plus réceptifs lorsqu’il s’agit d’un concert de musique parce qu’ils connaissent déjà le chanteur. Ils le seront pour un film à cause de la bande annonce, mais là c’est du stand up ! En dehors de Ronsia que les gens connaissent plutôt bien ici, Weilfar et des Nyota, il y en avait qui ne sont pas forcément connus. Pour l’Institut français, c’était un test pour voir si la scène fonctionnait. Et en général, à l’étranger, je parle de la France, ce sont des scènes ouvertes, c’est gratuit, des tests pour voir s’il y a un public. Ce qui va donner à réfléchir à la manière de renouveler ce type de programmation. Ronsia était le bon flic et moi le mauvais flic. C’était juste pour charrier et non quelque chose à prendre trop au sérieux. En plus, nous avons trouvé que nous étions face à un public de qualité, très réceptif et c’était très intéressant.

Une vue partielle de la foule présente au premier Halle Comedy Club L.C.K. : La traversée de Brazzaville à Kinshasa, quelle signification lui donnez-vous  ?

Elyon’s : C’est vrai que j’ai déjà joué à Brazzaville et pour Kinshasa, l’Institut français m’avait invitée trois fois mais cela n’a pas pu se faire. Je suis Camerounaise, j’étais particulièrement contente d’avoir eu la possibilité d’aller à Brazzaville en tant qu’auteur de BD d’abord et ensuite en tant qu’humoriste. J’ai apprécié que les pays voisins apprenaient à se connaître. Avec l’héritage belge d’ici et le français pour le Congo-Brazza, sans oublier l’histoire de l’esclavage qui est commune à tout le continent, de par la langue, l’on est toujours tourné vers des pays hors du continent. Quand j’ai été invité à Brazzaville alors qu’au Cameroun Ebène Duta renvoie au dessin, ici cela veut dire vergetures, la traduction mal interprétée casse mon délire, mais c’est toujours intéressant de voir comment le public réagit à une œuvre que je crée. Et il n’est pas hors continent, il est constitué de mes voisins limitrophes. J’étais très contente après trois invitations ratées d’avoir pu venir à la quatrième. Je sais qu’historiquement, le Congo s’écrivait avec K et que la langue partagée a des racines plus fortes ici, je parle du lingala, mais qu’il y en a bien d’autres ici, ce que je ne savais pas en venant. Nous sommes voisins mais je l’apprends à peine. C’est pareil pour le Cameroun où nous avons deux cent cinquante ethnies avec des langues différentes. Pour moi, partir du Congo qui fait 4,5 millions d’habitants pour Kinshasa qui en a à elle seule plus de soixante-dix millions, c’est vraiment un pont. En tant qu’artiste au sens large, puis humoriste, c’est aussi intéressant de voir comment les mentalités de la population évoluent pour communiquer les unes avec les autres. N’étant ni Congolaise de RDC ni de Brazza, cela me permet de voir comment les deux se rencontrent. C’est très enrichissant pour moi, quoiqu’il arrive.  

 

Propos recueillis par Nioni Masela

Légendes et crédits photo : 

Photo1 : Elyon’s sur la scène de la Halle Comedy Club Photo2 : Ronsia et Elyon’s MC de la Halle Comedy Club Photo3 : Une vue partielle de la foule présente au premier Halle Comedy Club

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