Interview. Mariusca Moukengue: « Nous sommes sur la voie de l’émancipation du slam au Congo »

Jeudi 4 Avril 2019 - 21:38

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Slameuse, critique d’art, comédienne et dramaturge, Mariusca Moukengue fait partie des jeunes élites qui font vivre l’art et la culture dans le pays. Après avoir réussi le pari du spectacle « Slamunité des power-women : des mots sur les maux », la jeune artiste nous fait un flash-back des différents moments qui ont concouru à la bonne tenue de cet événement.

Les Dépêches du Bassin du Congo (L.D.B.C.) : Racontez-nous les débuts du projet de spectacle avec les power-women ?

Mariusca Moukengue (M.M.) : C’est à l’occasion de la quinzaine des droits de l’Homme, en novembre 2018, qu’ont été lancés par la délégation de l’Union européenne au Congo, les ateliers Slamunité des power-women. A travers ce projet, il était question de se servir du slam comme thérapie pour permettre à ces filles victimes de violences de se reconstruire et de s’exprimer. Il a donc fallu les encadrer pendant quatre mois et faire un spectacle de restitution qui a coïncidé avec la clôture du mois de mars, dédié aux droits de la femme. La délégation de l’Union européenne était en partenariat avec l’ambassade de France au Congo, le centre ASI (Action de solidarité internationale), l’Institut français et la Congolaise 242, pour une bonne coordination de ce projet.  

L.D.B.C. : Qui sont les power-women ?

M.M. :  Toutes de nationalité congolaise, elles sont des élèves au collège et au lycée, mineures pour certaines et adultes pour d’autres, qui, sur la base du volontariat, ont accepté automatiquement de se lancer dans le projet après quelques séances d’échange, en vue d’exprimer leur vécu en slam.

L.D.B.C. : Comment s’est concrètement déroulée la formation avec ces filles ?

M.M. :  La formation s’est déroulée dans de bonnes conditions. Nous travaillions au départ au sein de la structure ASI, puis dans la salle d’ateliers de l’Institut français du Congo.  La formation était divisée en plusieurs phases dont l’échange, la prise de confiance et de parole en public, les techniques d’écriture, la revisite des textes, les techniques de déclamation et de mise en scène, et autres…

L.D.B.C. : Pouvez-vous nous faire part des difficultés majeures que vous avez rencontrées pour l’aboutissement du spectacle ?

M.M. :  Il y en a toujours eu, sinon le mot « travail » n’aurait pas son sens. Les plus grandes difficultés furent la sensibilité de la thématique, le trac, etc. Mais ensemble, nous avons pu surmonter tout ce qui se présentait à nous comme handicap. Parce que la soif de s’exprimer, de réussir ce spectacle était plus forte que la peur des difficultés.

L.D.B.C. : En dehors de vous, quels sont d’autres acteurs qui contribué à la formation et la mise en scène ?

M.M. :  Pour la phase de formation, j’étais seule avec ces jeunes femmes. C’est à la phase de mise en scène que nous avons eu la prestigieuse intervention de deux talentueux slameurs :  Hardy Style et Arland Mvila.

L.D.B.C. : Quel sentiment ressentez-vous aujourd’hui suite à l’exécution de ce projet ?

M.M. :  Mon sentiment actuel porte le nom reconnaissance. Toute ma gratitude envers ceux qui ont cru et continuent de croire en ce projet, mon équipe, nos partenaires, les participants… Bref, ce souffle d’espoir que le slam véhicule ne peut que nous encourager à en faire et en vouloir davantage. Le projet Slamunité est loin d’être terminé. Il a encore du chemin à faire. Et on pense être bien partie pour que le slam puisse s’exprimer fortement au Congo !

L.D.B.C. : Peut-on dire que le bilan est positif ?

M.M. :  Effectivement ! Mais, comme dans toute œuvre humaine, la perfection reste un idéal. J’estime dans ce spectacle que nous avons donné ce que notre être a concocté de meilleur à partager au public. Faire mieux est ce vers quoi nous aspirons dans ce projet Slamunité. On reste confiant !  

L.D.B.C. : Quelles sont vos perspectives ?

M.M. :  Après ce spectacle, nous allons poursuivre le travail avec Slamunité in school, qui vise à faire la promotion du slam en milieu scolaire afin d’intéresser les jeunes à la poésie et pourquoi pas susciter des passions et vocations.

 

Propos recueillis par Jessica Atipo

Légendes et crédits photo : 

Mariusca Moukengue sur scène lors du spectacle des power-women

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