Interview. Massein Pethas : " Nous voulons réconcilier les cinéastes congolais avec leur public"

Vendredi 20 Juillet 2018 - 20:52

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Du 24 juillet au 2 août va se dérouler, à travers dix localités du pays, la deuxième édition de La caravane du cinéma congolais. A quelques jours du lancement de cette activité qui rendra hommage au premier cinéaste congolais, Sébastien Kamba, son promoteur nous en parle dans cette interview.

Les Dépêches de Brazzaville (L.D.B.) : Cette année, la caravane du cinéma est à sa deuxième édition. Pensez-vous qu’une telle initiative peut booster ce cinéma au niveau local et international ?

Massein Pethas (M.P.) : De prime abord, je voudrais vous remercier pour l’intérêt que vous accordez au septième art congolais ainsi qu’à cette initiative « La caravane du cinéma congolais » que notre structure, PedroScopa, a mise en place. Projeter les films congolais de façon itinérante dans les villes et villages du Congo nous a semblé le meilleur moyen de susciter la passion nécessaire à la relance du cinéma au niveau local. Quant à l'international, nous pensons que cela va arriver quand nous aurons assez d'estime de la part des cinéphiles congolais.

L.D.B. : Combien de films avez-vous prévu diffuser durant ces jours et quelles sont les localités retenues ?

M.P. : Nous constituons, pour le moment, notre vidéothèque et nous pensons retenir une dizaine de films et en projeter en moyenne deux par localité. Pour cette deuxième édition, nous avons sélectionné onze localités, à savoir Madingou, Sibiti, Moussanda, Mindouli, Kintélé, Ignié, Ngo, Gamboma et Edou.

L.D.B. : Sillonner le Congo pour faire découvrir le cinéma congolais nécessite une logistique conséquente, comment vous vous y êtes pris ?

M.P. : Nous partons pour l'aventure, parce que nous sommes des aventuriers. Contrairement à ce que doivent se dire plusieurs personnes, nous ne disposons pas d’une logistique conséquente et même de moyens de locomotion. Nous n'avons que notre témérité, notre passion et notre volonté de vouloir changer les choses

L.D.B. : Aujourd’hui, les télévisions locales ne diffusent presque plus les films congolais. A quoi cela est-il dû d’après vous ?

M.P. : En effet, rares sont les télévisions qui diffusent nos films, tout simplement parce que ce n’est pas gratuit. Mais au regard du faible budget dont disposent les télévisions, elles pourraient nous reverser ne serait-ce qu'un forfait à titre d’encouragement, étant donné que nous sommes prêts à faire des concessions malgré les investissements. Tout ceci pour une visibilité et pour que le secteur décolle.

L.D.B. : Selon vous, pourquoi les films congolais ne sont pas prisés et pas connus par le public ?

M.P.: Durant plusieurs années, le Congo n'a pas développé son cinéma, pendant que d'autres pays comme la RDC, la Côte d'Ivoire ou le Burkina Faso, pour ne pas citer le Nigeria, avaient adopté une démarche de promotion de leur industrie cinématographique. La conséquence immédiate de cette hibernation aujourd'hui est la prolifération des productions étrangères sur le marché congolais. Cela a eu un impact majeur dans nos habitudes. Le consommateur congolais se dit qu’une production locale doit forcément ressembler à celle du Nigeria, de la Côte d’Ivoire ou du Burkina Faso, oubliant que tout pays a sa culture, sa particularité et son originalité. À travers cette caravane, notre objectif premier est de réconcilier les cinéastes congolais avec leur public d'abord. Un objectif que nos partenaires ont bien compris. 

 L.D.B. : C’est donc pour cela que le cinéma congolais peine à se développer ?

M.P : Le cinéma congolais ne figure dans aucun programme du gouvernement. Le ministère de la Culture et des arts n'en fait pas une activité préoccupante. Les entreprises privées qui auraient pu sponsoriser nos films ne répondent jamais favorablement à nos demandes. Nous sommes livrés à notre triste sort. C’est ce qui justifie les multiples difficultés que nous rencontrons et cela ne favorise pas le développement de cette industrie. Mais nous osons croire que grâce à des initiatives telles "La caravane", les choses vont s’améliorer.

C'est aussi pour cela que nous avons initié le Fonds Sébastien-Kamba (du nom du premier cinéaste congolais) qui nous permettra de recueillir l'argent nécessaire pour créer un fonds de soutien et de garantie pour que les banques nous accordent des crédits quand nous produirons nos films. C'est le Plan d'action du cinéma terre-à-terre que nous avons initié depuis le 1er juin dernier. 

L.D.B. : Un dernier mot ?

M.P. : Je voudrais simplement remercier les personnes et administrations qui croient en ce projet et qui nous aident dans la manière du possible. Il s’agit de la mairie de Kintélé, des députés des localités retenues, la Coopération française à travers le consulat général de France de Pointe-Noire qui nous accompagnent depuis la première édition et l'ambassade du Venezuela.

 

Propos recueillis par Sage Bonazebi

Légendes et crédits photo : 

Massein Pethas, promoteur de l'initiative

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