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La Rumba toujours

Samedi 25 Juillet 2020 - 16:48

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Au risque de nous répéter : Brazzaville et Kinshasa, capitales les plus proches au monde ne partagent pas que le majestueux fleuve Congo sur les berges duquel elles sont érigées. Elles partagent aussi cette fraternité solide que les dissensions répétées, parfois dangereuses, auxquelles les soumettent les chocs des temps et des vents n’arrivent à corrompre.

Celui qui porte mieux cette complicité est l’artiste, disons l’artiste-musicien, témoin irremplaçable du récit heureux et douloureux des amours et désamours que Brazzavillois et Kinois, et par-delà les deux peuples des deux Congo, construisent et déconstruisent au long de leur histoire commune émaillée de spécificités aussi, mais toujours plâtrée et replâtrée afin que l’essentiel l’emporte toujours. 

L’artiste musicien, parce qu’il le montre chaque fois avec un cœur empli de bonté pour son prochain. Les disparitions successives enregistrées ces dernières années parmi les grands noms de la rumba congolo-congolaise témoignent de cet attachement indéfectible entre les enfants des deux rives. Ceci, même quand sur d’autres référentiels quelques appréhensions raidissent la relation, retardent les rendez-vous, entourent les retrouvailles.   

Mercredi, 22 juillet, quand Edo Ganga disait adieu à Brazza-la-verte qu’il a tant aimée et vantée dans ses chansons, une autre gloire du monde de la musique était présente. Kiamwangana Matéta Verkys, c’est de lui qu’il s’agit, est venu de Kin-la-belle, là où Edo a tout commencé, y compris sortir du ventre de maman. On a dit de Ganga qu’il était le dernier de l’époque encore en vie sur la rive droite du fleuve, on devrait dire la même chose de Verkys pour la rive gauche. Le signataire de la célèbre complainte Nakomitunaka qui traverse les vies depuis bientôt un demi-siècle est bien de la génération de ceux qui ont beaucoup donné à la Rumba.

Pour poursuivre sur l’amitié célébrée par les deux Congo grâce à la chanson, on se souvient des processions parties de Brazzaville pour Kinshasa en 2016 et 2019, quand Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, dit Papa Wemba et Simon Lutumba Ndomanueno, alias Lutumba Simaro Masiya, s’en allèrent à leur tour après avoir rempli leur contrat sur terre avec le Créateur. En nombre, les artistes musiciens passèrent le fleuve pour les cérémonies d’adieu en compagnie parfois des autorités publiques. Il est certain que celles-ci admirent.

Il y a quelques années, une initiative commença dans le même sens entre Brazzaville et Kinshasa sur le plan littéraire. Les auteurs des deux villes rêvèrent d’une Association des écrivains du fleuve Congo. Cela tourna court. A leur actif néanmoins, nous l’avions mentionné il y a quelques années à cette même place, des rencontres eurent lieu ici et là-bas, puisque les créateurs du concept étaient des deux capitales à raison de six par pays. C’est du passé…

L’essentiel pour le moment est que la Rumba ne meurt pas. Elle a encore des choses à nous enseigner d’autant que la relève de ceux qui s’en vont ne baisse pas les bras. Il y avait les Edo Ganga, Kallé Djeff, Adou Elenga, Paul Kamba, Franklin Boukaka, Moundanda, Ange Linaud Ndjendo, Luambo Makiadi, Rochereau Tabou Ley, Pamelo Mounka, les Maman Eyenga, etc. Il y aura d’autres voix, d’autres étoiles pour faire rayonner la Rumba, cette sonorité bien de chez nous qui attend d’être timbrée à l’Unesco. Pour le bonheur de nous tous.

Gankama N'Siah

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