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Le défi du maintien d'ordre

Dimanche 14 Juin 2020 - 15:06

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Comment concilier l’impératif de l’ordre public et la garantie des libertés individuelles et collectives au sein de la société ? Comment préserver le caractère sacré de la vie humaine tout en assurant la pérennité de la loi en tant qu’elle fait partie du mécanisme réglementaire dont chacun doit se référer pour contribuer à l’équilibre de la charpente sur laquelle reposent la société et les institutions publiques ?

L’actualité de ces dernières semaines, marquée par l’éclatement aux Etats-Unis de l’affaire George Floyd, du nom de cet Afro-américain étouffé à mort par un policier blanc, a mis en relief le travail de la police. Dans le pays même et quasiment partout dans le monde, en particulier en Europe et en Asie, des manifestations de rue ont à l’unisson dénoncé les « violences policières ».

En France, dans ce contexte, un procès public assorti d’accusations de racisme a été intenté contre les forces de police. Comme pour dire que dans ce pays-ci comme aux Etats-Unis, même si les proportions de violences ne sont pas comparables, même si la fracture raciale exprimée parmi les services chargés du maintien de l’ordre n'est pas de même ampleur, le temps est venu de rendre justice à ceux qui sont violentés pour leur couleur de peau, et d’obtenir que les policiers soient moins enclins à employer la méthode forte quand ils interpellent des personnes pour telle ou telle raison.

Passe l’émotion générale suscitée par la brutalité du policier américain, depuis inculpé de meurtre ; passe la polémique sur la définition du concept même de « violences policières » autour duquel les débats sont toujours en cours, il y a un enseignement que l’on pourrait tirer par-dessus-tout : les populations sont excédées par certaines pratiques des hommes en uniformes, elles revendiquent une autre police, un autre cadre légal du maintien de l’ordre public. Cela ne signifie pas qu’elles ne veulent plus de la politique et c’est là, justement, que réside le nœud du problème. Parce qu’il faut se poser la question : une meilleure police peut-elle être dans l’ordre du possible ?

Au quotidien, cela peut être démontré qu’en diverses circonstances et dans tous les pays du monde, les forces de l’ordre font face à une montée en puissance des groupes marginaux qui opèrent parfois les armes à la main. En fonction des intérêts qu’ils poursuivent ces groupes se dotent d’équipements sophistiqués, reçoivent un entraînement au combat engagé, se rendent coupable d’exactions contre des individus sans défense, bravent les forces régulières dont ils font parfois leur cible privilégiée.

De la grande à la petite délinquance, de la plus dérisoire à la plus redoutable rébellion, il n’est que de se pencher sur le sujet pour savoir à quel type de stress sont exposées les unités dédiées au maintien de l’ordre public et plus généralement à la défense des Etats. Même en temps de paix, un séjour d’étude de quelques heures dans un commissariat de police de quartier peut parfois se transformer en cauchemar pour l’observateur tant il s’y passe des choses : des appels incessants à intervenir émanant des tiers parfois en pleurs parce que traumatisés par la présence de criminels chez eux à la manière forte avec laquelle sont quelque fois traités des présumés délinquants, on peut à son corps défendant avoir de la peine à trancher entre les « bons » et les « mauvais ».

Dans les deux cas, il y a cette frontière qui devient poreuse entre l’impératif d’intervenir pour mettre fin à une violence provoquée par un bandit bien identifié ou non et le devoir de discernement qui s’impose à tout élément ou agent de l’ordre censé faire respecter la loi. Pour savoir distinguer les deux opérations, peut-être que la première clé du « peut mieux faire » est la formation, la deuxième le recyclage, et la troisième l’entretien de la troupe. Les Etats ont-ils toujours les moyens d’assurer cette sorte de service après-vente lorsqu’ils ont recruté des hommes venus de la vie civile pour service dans les forces armées, de gendarmerie ou de police ? Ce n’est pas toujours le cas.

A quelques variables près, ce qui vaut pour les pays développés l’est aussi pour les pays en voie de développement, parfois au pire dans la mesure où les critères de recrutement sont souvent improbables. En raison des conflits sociopolitiques dans plusieurs pays africains par exemple, l’apaisement recherché débouche presque sur l’insertion des membres des milices politiques dissoutes dans les forces de l’ordre. Se posent ensuite avec acuité les questions listées plus haut de formation, de recyclage et d’entretien de ces personnels. Quand ce parcours fait pour cimenter l’unité d’action de ces forces n’est pas accompli, on peut s’attendre à un rendement sur le terrain traduit en débordements, bavures et zèles regrettables.

Au fond, ce à quoi les Etats doivent réfléchir aujourd’hui devant le défi des marches organisées contre les forces de l’ordre qui peuvent, si l’on n’y prend garde, se ritualiser sur le long terme est de ne pas commettre l’erreur de démotiver la « grande muette » par des déclarations publiques intempestives. Il y a plutôt lieu de retourner aux textes, de renforcer la prise en main des hommes et de ne pas hésiter à sanctionner les indécrottables. « Sans les flics la ville est finie » scande la population dans « Chasse à l’homme-1 », le film dans lequel le célèbre acteur belge Jean-Claude Van Damme se met en vedette contre un groupe de tueurs à gages.  

La notion de l'ordre public impliquant un état social en rapport avec la tranquillité, la stabilité et la salubrité publiques, l'ordre public de direction qui sauvegarde l'intérêt général et l'ordre public de protection qui protège les plus faibles doivent être assurés. Le tout est de parvenir à mettre dans la tête de l’agent de l’ordre qu’il exerce pour le bien public et que pour cela ses états d’âme ne comptent pas, et aussi de sortir de la tête du bandit d’à-côté qu’il n’aura jamais l’opportunité de croire opérer en zone de non-droit.

Gankama N'Siah

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