"Le feuilleton de Brazzaville". Acte 1. A Diata...

Jeudi 30 Mai 2019 - 18:45

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En trente-trois actes, à travers cette rubrique, nous nous employons à romancer le quotidien de la capitale congolaise. Affectueusement appelée Brazza-la-verte, l’ancienne capitale de l’Afrique équatoriale française, ex-capitale de la France libre, est une ville cosmopolite et hospitalière. Et ses habitants toujours aussi de bons vivants.

Acte 1. A Diata...

Naguère hanté, comme le reste de la capitale, par les chasses aux sorcières des années des violences sociopolitiques, ce quartier du sud-ouest de Brazzaville, situé dans le premier arrondissement, Makélékélé, a repris de vivre dans la quiétude.

La scène en ouverture de notre feuilleton se déroule dans l’un des nombreux « nganda » dont ce coin de la ville, à l’instar de bien d’autres, a le secret. On y assaisonne le mieux que l’on vous dit du « Ngulu mu m’ako », l’un des mets préférés de la place.

Alors qu’en cette matinée dominicale tout démarre sur les chapeaux de roue pour les habitués des lieux, une jeune dame, les bras chargés de « nzala ya bana », ces sacs foure-tout qu'adorent nos mamans pour leur capacité à contenir les vivres de la famille, s’invite prestement à une table. Elle est plutôt une vendeuse à la sauvette de produits pharmaceutiques parmi ceux qui mobilisent les activistes des ONG de défense de la santé publique: de "faux" médicaments comme on dit. Sans intermède, elle déballe ses paquets, propose ses potions « magiques » à un sexagénaire assis avec un ami. L’homme, ce qui est vrai, devait être un « vieux » client de mixtures anti-asthénies. Des « crics », pour parler le langage du milieu.

Le commentaire travaillé, la vendeuse ambulante n’a pas eu de peine à convaincre son « client » d’en acheter encore un peu plus, pourrait-on dire, puisque son vis-à-vis s’est mis en devoir, lui-même, de montrer à la commerçante les premiers produits qu’il gardait dans sa poche. A la suite de quoi, il a pris le relais de cette dernière, incitant son compagnon de table à s’y résoudre. Il lui répétait à l’oreille un prêche d’Evangile : « Prends celui-ci, n’hésite pas, tu ne vas pas t’emmerder, tu seras tranquille ». Il le lui disait d’un ton mesuré, mais son battage semblait irrésistible. La pilule était passée, son ami s’était servi.

Bien souvent, les Brazzavillois se laissent aller à la tentation du pire, restant par-dessus tout sourds aux ravages que ces tripatouillages médicinaux faits pour « énerver » les muscles provoquent chez leur voisin. Et quand, en plus, le colloque a lieu autour de la bière, à l’heure où la musique corrompt les tympans, le « ngulu mu m’ako » ou le « liboké ya nzungu » stimule l’appétit, tout semble prendre l’ascenseur. Pour le meilleur et pour le meilleur ?

Fort de sa trentaine d’épisodes, ce feuilleton se veut un hymne à la gloire d’une ville née dans le dialogue. Souvenons-nous, en effet, de l’historique rencontre entre l’explorateur blanc, Pierre Savorgnan de Brazza, et le roi noir des Tékés, Ilo 1er, il y a plus d’un siècle. Ce fut un moment de partage. Depuis, les liens tissés entre les deux parties connaissent des instants de joie et de reconnaissance mutuelles, des périodes de tension et de reniement. Cela a presque toujours été le sort de la vie des hommes sur terre, faite des allers-retours.

Désormais planétaire, la mobilisation pour la préservation de l’environnement contre le changement climatique est un rendez-vous que Brazzaville avait pris très tôt. D’où son petit nom exquis Brazza-la-verte. A ses habitants que nous enquiquinons au long de cette chronique de savoir se montrer à la hauteur de l’espérance du bien-être collectif qu'ils caressent tous.

Jean Ayiya

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