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Samedi 5 Novembre 2016 - 11:57

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Le cocktail explosif que constituent la chute des cours des matières premières, la précarité du marché de l’emploi, la crise des migrants, l’intrusion du terrorisme au cœur des conflits entre Etats et groupuscules extrémistes, la volonté de puissance de certains, le rejet des oukases par d’autres, l’improbable réforme de la gouvernance mondiale, n’aurait-il pas, à terme, raison du relatif équilibre sur lequel reposent les relations internationales aujourd’hui ? Il y a, en effet, de sérieuses raisons de s’inquiéter de la tournure que prennent les événements aux quatre coins de la planète.

Prenons le cas du rapport devenu conflictuel entre l’Afrique et la Communauté des Nations autour de la CPI (Cour pénale internationale). Cette haute juridiction dont la mission est de juger « les auteurs présumés de génocide, crime contre l’humanité, crime de guerre, crime d’agression », cumule contre elle les critiques de partialité du fait, rappelle-t-on, en Afrique, du caractère sélectif de ses détenus. Tous, en effet, sont à ce jour essentiellement des Africains, alors même qu’au regard des conflits armés qui se déroulent sous nos yeux, si elle avait été impartiale, répètent les critiques, la Cour de la Haye grouillerait de locataires ramenés des cinq continents.

Au regard des pratiques « partiales » de la CPI, les chefs d’Etat africains ne demandent désormais plus ou moins que le retrait collectif de cette instance. De ce fait, le mandat d’arrêt international visant le président soudanais est devenu le point d’orgue du bras de fer entre les deux parties. Omar El Béchir avait fait parler de lui lors du sommet de l’UA en Afrique du Sud, en 2014, il est resté sur la sellette durant le sommet de Kigali organisé au mois de juillet dernier par les autorités rwandaises qui l’avaient formellement invité.

Pour la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, qui s’exprimait sur le sujet à la veille du sommet, la question du retrait de l’Afrique de la CPI sera examinée à Kigali. Elle indiquait dans le même temps que n’ayant pas ratifié le traité de Rome qui institue le tribunal décrié, son pays ne se sent pas lié par l’injonction de faire arrêter le chef de l’Etat soudanais et de le transférer à la Haye. Cette tension  prend de l’ampleur d’autant qu’aucun pays africain, fut-il signataire du traité de Rome ne semble prêt à exécuter le mandat de la CPI poursuivant un chef d’Etat en exercice.

Que se passera-t-il le jour où se produira l’Afrexit, entendu la sortie de l’Afrique de la CPI ? On pourrait assister à une grande effervescence sur le continent, en particulier entre les gouvernements en place et les organisations de la société civile. Les premiers défendront le principe de la souveraineté des Etats, les seconds solliciteront l’appui des institutions internationales, peut-être des puissances étrangères pour mener des contestations sur la place publique en Afrique. Le premier test grandeur nature est le retrait de l’Afrique du Sud, de loin l’une des principales puissances du continent. Sera-t-elle, peut-être suivie par le Burundi dont le parlement venait de voter un texte en ce sens. Cette bataille contre la CPI pourrait ouvrir la voie à bien d’autres que soutiendront les pays extérieurs à l’Afrique, à commencer par la réforme de l’ONU.

Quelle que soit néanmoins l’issue de cette rivalité Afrique-CPI qui s’annonce longue et laborieuse, il faut constater que la gouvernance mondiale a besoin d’être repensée et les rapports entre les régions du monde mieux régulés. Auquel cas, on ne s’en aperçoit pas encore, peut-être, les crises internes aux Etats schématisées par des tensions sociales multiformes s’amplifieront, les rivalités entre Etats s’enracineront, les fanatismes de tous bords prospéreront, et nul n’aura l’autorité nécessaire de faire respecter l’ordre établi. Le monde risque d’en prendre conscience bien tard et courir à la catastrophe.  

Gankama N'Siah

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