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Le Soudan peut s'en sortir

Lundi 8 Juillet 2019 - 12:08

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Il y a lieu d’être optimiste. Après six mois d’une forte contestation émaillée de pertes en vies humaines, les protagonistes de la crise soudanaise qui a éclaté le 18 décembre 2018 ont résolu de mettre un peu d’eau dans leur vin. En privilégiant l’intérêt supérieur de leur nation. L’accord qu’ils ont conclu, le 5 juin, sous l’égide de l’Union africaine et de l'Ethiopie, les engage au sens des responsabilités et à l’apaisement.

Héritiers du régime de l’ex-président Omar el-Béchir destitué le 11 avril, les militaires ont, pour l’occasion, posé avec le médiateur de l’organisation continentale, Mohamed El-Hacen Lebatt, aux côtés des civils, principaux meneurs de la contestation. La rue les a suivis en mettant fin à l’impressionnante mobilisation qui marquera à jamais l’histoire du Soudan.

Il reste à présent la mise en œuvre de l’accord. En principe, au bout de trois ans, le Soudan devra choisir ses nouveaux dirigeants au cours d’élections libres et transparentes. L’accord du 5 juillet prévoit une transition au cours de laquelle les militaires et les civils alterneront à la tête de la transition. Les premiers prendront en main la direction du pays pendant dix-huit mois, les seconds leur succèderont à peu près pour la même période avant que la population ne soit appelée à trancher par la voie des urnes.

Pendant plusieurs mois, les généraux soudanais ont montré qu’ils n’étaient pas prêts à tout concéder aux contestataires qui réclamaient tout le pouvoir pour eux. Au point de ne pas hésiter à réprimer dans le sang, le 3 juin, le rassemblement de ceux d’entre eux qui n’avaient pas la même appréciation du rapport des forces, dessiné par les événements. Petite consolation pour ces derniers, une enquête a été ordonnée pour rétablir la vérité sur la mort de plus d’une centaine de manifestants au cours des derniers rassemblements.

Là où les acteurs soudanais devront rester vigilants pour ne pas replonger leur pays dans des scénarios difficiles à résorber sera de mieux gérer le non-dit prévu par l’accord de sortie de crise. Celui-ci parle d’une transition de trois ans et un peu plus. Tout le problème des dispositions réglementaires à horizon improbable est qu’elles peuvent dicter chez les acteurs chargés de leur application des réflexes de conservation des positions acquises susceptibles de fausser le jeu.

Ebranlé par une forte crise économique dont les causes sont aussi à trouver dans l’indépendance du Sud, en 2011, le Soudan ne tirera profit de l’accalmie qui s’annonce que s’il applique au mieux l’accord concocté par les belligérants. Sous Omar el-Béchir, Khartoum a eu avec la communauté internationale et même certains de ses voisins des rapports tendus. Avec le Tchad notamment, les choses sont rentrées dans l’ordre au terme de moult pourparlers.

Pour les dirigeants de la transition qui s’installe, le moment est-il certainement venu que leur pays prenne la place qui lui revient dans cette vaste région géographique minée par tant de conflits armés.

Gankama N'Siah

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