Lire ou Relire: "L'espoir est permis" de Richard-Gérard Gambou

Vendredi 20 Juillet 2018 - 20:06

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Le romancier est l'historien du présent, écrivait Georges Duhamel. "L'espoir est permis" est le tout premier recueil de nouvelles de l'écrivain congolais, décrivant avec un réalisme saisissant, à travers plusieurs fresques, les vilenies de l'Afrique contemporaine.

Le livre compte en tout vingt nouvelles subdivisées en trois parties. Les récits relatés sur quatre-vingt-cinq pages plongent le lecteur dans une réalité morose des chroniques africaines. La page de couverture montre une iconographie de la carte d'Afrique rayée sous un sombre décor et une couleur jaune symbolisant le feu des guerres qui jalonnent l'histoire de ce continent. Le titre seul, écrit en blanc, marque le cri d'espoir étouffé comme un clin d'œil dans une atmosphère lugubre, inspirant la désillusion.

L'espoir est permis est le regard critique, voire pessimiste du philosophe sur l'histoire actuelle du Congo en particulier et de l'Afrique en général. Dans la première partie intitulée "Les flamboyants saignaient", on y trouve sept nouvelles ayant en commun le thème de la mort.

Le livre commence par la nouvelle "Amours adolescentes", une idylle interrompue par l'empoisonnement de Paolo, l'amant d'enfance de Virginie. Paolo subit ce tragique sort à cause du refus qu'il oppose aux avances de la nouvelle jeune épouse de son père. On peut lire: «Cette femme fatale tenta de séduire en vain Paolo. Blessée dans son amour-propre, elle se vengea. Paolo mourut, empoisonné, pendant que son père était en mission en dehors du pays».

Dans la deuxième nouvelle, "Un gâchis", Dr Liwa Aponiyo, un cadre regagnant son pays après un long séjour d'études en France, est accueilli à l'aéroport par une explosion qui le conduit directement au trépas. "Mourir par amour", c'est le récit de deux jeunes amoureux qui meurent à la suite d'une explosion dans une salle de cinéma. "Filles sacrifiées", c'est la description de la psychose régnant dans un pays où des filles sont enlevées et mutilées pour servir dans les sacrifices occultes en vue d'une élévation en politique.

La suite des nouvelles de cette première partie met en évidence la recrudescence de la violence et des crimes de guerre dans la société africaine actuelle, à cause de la quête du pouvoir au détriment du bonheur de la population.

La deuxième partie, "Le ciel versait des torrents de larmes d'argent", est la continuation des drames liés au temps de guerre et à d'autres sortes de mort insolite. Celle-ci comprend également sept nouvelles. "Noces de sang" et "Le chauffeur du ministre" peignent des scènes de tuerie pour des raisons d'intolérance ethnique et politique, mettant en relief l'urgence de la promotion du vivre ensemble et des droits de l'homme dans les nations africaines. A côté des crimes crapuleux, se mêle la fantasmagorie avec la narration des faits de sorcellerie imaginaires courant en Afrique noire.

La dernière partie comporte six nouvelles. Son titre correspond à un vers emprunté à la poésie de Jean-Baptiste Tati Loutard, dans "Les Racines congolaises" :"Et le feu jaillit pour une nouvelle invite à l'espoir". Dans la même verve prosaïque de Tati Loutard, relative aux "Chroniques congolaises", Richard Gambou perpétue son réalisme tragique en montrant par une peinture subtile des scènes qui révèlent les incidences de la misère morale et sociale sur la mortalité dans la plupart des pays africains. Ces "pays dits de merde" par le président américain, Donald Trump, pays où la mort côtoie impitoyablement la vie à travers des violences de tout genre.

A propos de l'auteur, Richard-Gérard Gambou est né en 1951 à Kimfiku (Mouyondzi, République du Congo). Ayant perdu son père à l'âge de 6 ans, l'écrivain a été profondément marqué par cette absence. Il écrit pour que l'avenir de l'Afrique ne soit pas celui d'orphelins, de veuves et de veufs causés par des bavures humaines. Il a longtemps enseigné la philosophie à l'Université Marien-Ngouabi et s'est livré à l'écriture en embrassant plusieurs genres: essai, poésie, pièce de théâtre, récit et nouvelles.

 

Aubin Banzouzi

Légendes et crédits photo : 

Photo: La couverture de l'ouvrage

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