Littérature : à la découverte des plus grands romans de la littérature afro-américaine (3)

Jeudi 21 Février 2019 - 20:06

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Le mois de février étant depuis 1976 consacré à la célébration de l’histoire des Noirs aux Etats-Unis, nous continuons de faire un zoom sur quelques-uns des plus grands romans qui nous relatent les épisodes marquants de cette histoire. Cette semaine, nous allons parler de deux romans éblouissants d’écrivains afro-américains qu’il est nécessaire de lire pour comprendre la tumultueuse histoire de l’Amérique avec ses communautés.

The Underground Railroad "ou "Chemin de fer clandestin" de Colson Whitehead

Et si "l’Underground Railroad", ce réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite, avait été une réelle ligne de chemin de fer ensevelie avec ses gares et ses tunnels ?

L’Underground Railroad est une voie ferrée souterraine, un réseau clandestin qui permit la fuite de nombreux esclaves noirs. Dans ce roman, on va à la rencontre de Cora, une esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Dès le plus jeune âge, pour survivre, elle doit se débrouiller seule, abandonnée par Mabel, sa mère, qui a pris la fuite et n’a jamais été retrouvée. Sa grand-mère cultivait un petit carré potager qui revint à sa mère ; Cora défend son lopin de terre contre toutes les convoitises.

À 16 ans, après avoir refusé, dans un premier temps, elle s’enfuit avec Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie.

Colson Whitehead, d’une belle écriture, décrit admirablement l’ambiance de l’époque, la haine des Blancs pour les Noirs et les lieux traversés par les fugitifs. Il n’hésite pas à décrire la haine qu’ont subie les esclaves noirs via des actes de violence d’une cruauté sans nom des propriétaires blancs. En parallèle, il met en valeur les rares Américains qui se battent dans l’ombre pour aider à leur échelle, les fugitifs noirs traqués par une populace collaborationniste et des chasseurs d’esclaves avides de sang et d’argent.

Colson Whitehead se joue de l’Histoire pour écrire une fable puissante sur l’esclavage et l’émancipation. Ce roman magnifique qui a obtenu le Prix Pulitzer 2017 et le National Book Award 2016 aux Etats-Unis, nous rappelle à juste titre qu’il ne faut pas oublier le passé pour l’histoire ne soit pas un eternel recommencement.

"Autobiographie d’un ex-homme de couleur" de James Weldon Johnson

Les pérégrinations du personnage métis de ce roman dont on ne connaîtra jamais le nom, révèlent des univers réjouissants et terribles du début du XXe siècle, aux Etats-Unis et en Europe.

Sa quête d’identité le pousse à explorer l’Amérique nègre où il cherche sa place. Habité par le ragtime, il fréquente boîtes de nuit et salles de jeux, se fait embaucher comme « effeuilleur » puis lecteur dans une manufacture de cigares, accompagne un milliardaire en Europe ou il préfère Paris à Londres, avant que ne le rattrapent son questionnement incontournable sur sa couleur de peau et l’obligation de choisir. Cette œuvre de 1912 qui vient de paraître en français est un des textes fondateurs de Harlem renaissance, au même titre que "Les Ames du peuple noir" de W.E.B. Du Bois.

L’auteur, James Weldon Johnson, y démontre qu’il ne peut y avoir d’image unique des Afro-Américains, tout comme il ne peut y avoir d’image unique de l’Amérique.

James Weldon Johnson est né à Jacksonville (Floride) en 1871. Il étudia à l’université d’Atlanta (Géorgie) avant de s’installer en 1906 à New York où l’université l’accueillit comme professeur, ce qui était une première pour un Afro-Américain. Poète, il devint membre de la NAACP et l’une de figures de la Harlem renaissance.

Il publia une anthologie de la poésie afro-américaine en 1922 : "The Book of American Negro Poetry". Mais c’est surtout pour avoir écrit en 1899 l’hymne national afro-américain que James Weldon Johnson est connu. L’hymne fut interprété pour la première fois à Jacksonville, le 12 février 1900, par un chœur de cinq cents lycéens à Stanton School, un établissement réservé aux Afro-Américains que dirigeait alors l’écrivain, qui y avait organisé une classe préparatoire aux grandes universités américaines.

 

 

Boris Kharl Ebaka

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