Loango… Congo

Mercredi 22 Avril 2015 - 11:45

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"Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais embrassez-moi sans crainte et si je ne sais que parler c'est pour vous que je parlerai "
Aimé Césaire - extrait cahier d'un retour au pays natal.

J'ai vu le jour près de ton lit. Ton cours enfle, grossit, danse, s'enroule et se joue des cataractes. Petit cours dévale les pentes et grossit jusqu'à devenir ce fleuve majestueux Congo.

L'étranger a navigué jusqu'à tes côtes, attiré par les couleurs cuivrées et dorées de ton sol, par les teintes ébène de tes arbres. 

Un jour, il vogué jusqu'a Loango, a convaincu  les chefs de notre cité et de nos corps a fait marchandise.  

J'étais des belles. Insouciante, attachée à ma terre. Ma voix se mêlait aux chants des esprits de la forêt. En moi vivait le bonheur qui me ferait tenir pendant les moments de peur.

Saillies violentes en mon village dépossédé de ses corps les plus solides et fertiles. Arrachée à ma mère, je me suis retrouvée enchainée, inconsciente du danger qui guettait. A la nuit tombée, il m'a poussée au fond d'une cale. Autour de moi le silence assourdissant, je sentais une dernière fois le parfum de ma terre. Serrée contre mes soeurs, je suffoquais.  Je ne sais pas combien de jours je suis restée là sans pouvoir prendre soin de moi comme lorsque battaient les fêtes de mon village, je me préparais à être des belles.

Il m'a fait voguer par delà les mers pour un ailleurs qui me changerait à jamais. Débarquée en lambeaux, la peau marquée au fer chaud j'ai été vendue tel un vulgaire animal.

Il a voulu que j'oublie ma langue, m'a donné un nouveau nom mais au fond de moi, je conserve ce qui m'appartiens et que je n'oublierai pas.  

Je me suis fondue au dur paysage des champs de coton où sous le soleil ma peau grille sans que je ne puisse me plaindre. Il a beau penser que j'ai oublié ma langue, je la parle autrement. Je suis des belles. Ma voix se mêle aux chants des esprits de la forêt. Mon village de Loango résonne toujours en moi. J'élève la voix. Je chante ma peine. En écho, le vent me ramène une voix qui me répond : "Ne m'oublies pas. Ne perds pas ton âme. Malgré toute la peine que je lis dans tes yeux, sois fière, conserve les rites de tes aïeuls. Rythmes ta nouvelle vie de ta force qu'il ne pourront t'enlever et souviens-toi toujours que tu es des belles."

Mon pays là-bas c'est le Congo. Je suis perdue de ne plus te sentir. 

Si loin de toi et proche à la fois, je me remémore tous ces instants passés dans cette contrée chaude et épicée, l'odeur de la terre par la pluie mouillée… 

Je suis mal de t'avoir quitté mais je te garde dans mon coeur tout autant. Je t'aime Congo. C'est ce qui me fait tenir tout ce temps mais il ne le sait pas.

Rencontres « Jazz et bavardages » lors de la 15ème édition du Festival de Jazz de Saint-Germain-des-Prés Paris

La Jazzwoman d’origine congolaise Helmie Bellini participe depuis 11 ans à la programmation des rencontres « Jazz et bavardages » organisées dans le cadre du Festival de Jazz de Saint-Germain-des-Prés Paris. A l’affiche des rencontres cette année, un triptyque : Kyle Eastwood dont le dernier opus “ Timepieces”, son septième album, fait la part belle au be-bop, le photographe Samuel Nja Kwa avec son beau livre intitulé « Route du jazz » qui revient sur les racines africaines de cette musique, et Shai Maestro pianiste américain né en Israël qui fait le pont avec l’Europe de l’Est.

« Le Jazz c’est aussi notre musique. On y retrouve les rythmes du Congo » explique Helmie Bellini.

L’édition 2015 aura lieu du jeudi 21 Mai au lundi 1er Juin.

Helmie Bellini