Lutte contre la corruption : des ONG conseillent de ne pas instrumentaliser la justice à des fins politiques

Lundi 29 Juin 2015 - 14:45

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Ces organisations ont exhorté le président de la République, de s’assurer que sa dénonciation faite dernièrement par son conseiller Luzolo Bambi ne viserait pas certaines personnalités politiques à cause notamment de leur opposition à un troisième mandat, et de faire libérer tous les prisonniers politiques et d’opinion avant le dialogue politique.

 

magistrats lors de l'inauguration du nouveau Palais de justiceDans une réaction datée du 27 juin, le collectif des organisations non gouvernementales des droits de l’homme et de bonne gouvernance a salué l’initiative prise par le président Joseph Kabila Kabange, « de passer à la phase décisive, bien que ce soit tard, dans la lutte contre la corruption et le blanchiment des capitaux en faisant une dénonciation auprès du Parquet général de la République depuis plus de 48 heures ». Pour cette plate-forme, « une pareille démarche était attendue depuis longtemps pour éradiquer ce fléau durable ou tout au moins en diminuer sensiblement l’ampleur ».

Ces organisations ont, par contre, relevé que l’inféodation de la plupart de hauts magistrats, qui coiffent l’ordre judiciaire, au gouvernement ne garantit pas d’enquête indépendante et impartiale. Pour ces ONG, le fait que des sources fiables aient évoqué notamment le nom du gouverneur de la province du Katanga, Moïse Katumbi Chapwe, qui s’était publiquement opposé, comme la majorité des Congolais, à la modification de la Constitution pour donner un troisième mandat au président Joseph Kabila, les pousse à craindre une éventuelle instrumentalisation de la justice à des fins purement politiques à la veille de l’élection présidentielle de 2016. « Le Collectif des ONG des droits de l’homme et bonne gouvernance dénonce toute démarche tendant à faire organiser des procès spectaculaires, dans le but déclaré de combattre la corruption, mais qui en réalité viserait des opposants, concurrents ou adversaires politiques », a appuyé ce regroupement d’ONG.

Faire libérer les prisonniers d’opinions

Ces organisations fondent leurs inquiétudes sur le fait que plusieurs leaders de l’opposition et de la société civile croupissent actuellement à la prison de Makala à cause de leurs opinions et « n’ont pas droit au procès équitable ». A en croire ces organisations, pour rassurer l’opinion publique de son indépendance et impartialité, le Parquet général de la République (PGR) devra étendre son enquête à « tous les cas qui lui  sont soumis antérieurement par les parlementaires et ONG des droits de l’homme et bonne gouvernance impliquant des anciens collaborateurs du cabinet du Président de la République, des anciens Premiers ministres et ministres, mandataires publiques et sociétés publiques et privées des secteurs minier, forestier et pétrolier ». C'est pourquoi elles ont promis de soumettre, incessamment, au PGR des informations relatives aux autres dossiers impliquant des personnes précitées.

Pour ces ONG, en effet, à dix mois des élections législatives et présidentielle de 2016, le président Joseph Kabila avait la responsabilité principale de faire libérer tous les prisonniers politiques et d’opinons et faire conclure un consensus national pour l’organisation des élections provinciales, législatives et présidentielle transparentes et équitables dans les délais constitutionnels pour une alternance démocratique.

Déjà, cette plate-forme a recommandé au Procureur général de la République, d’agir avec indépendance et impartialité et prendre en compte tous les cas de corruption et blanchiment des capitaux notamment ceux relatifs au détournement de 30 millions de dollars de la SNEL provenant de paiement de facture de consommation de l’électricité faite par la République du Congo, à la fraude douanière à Kasumbalesa, à Matadi au Kongo Central, dans la province du Nord-Kivu…, aux secteurs pétrolier, minier et forestier.

Ces ONG ont, par ailleurs, déploré que le pays soit classé, depuis plusieurs décennies, dans la tranche variant entre 75 et 100 % de corruption étatique au monde sans que le PGR n’engage des enquêtes sérieuses et efficaces pouvant déboucher sur des poursuites judiciaires, et ce, malgré des multiples dénonciations des parlementaires et des ONG nationales et internationales.

Lucien Dianzenza

Légendes et crédits photo : 

Photo: des magistrats lors de l'inauguration du nouveau Palais de justice, à Kinshasa/Photo Don John Bompengo.

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