Maintenant que le Covid-19 s’installe en Afrique, quelle attitude adoptée ?

Samedi 18 Avril 2020 - 10:30

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Dans une analyse très instructive sur la polémique liée au traitement du Covid-19 par l’hydroxychloroquine, le docteur Bédel Mpari, enseignant vacataire à l’Université Marien Ngouabi, neuropharmacologue et neurodéveloppementaliste diplômé de l’université de Marseille, lance un appel pour que l’Afrique mène ses propres recherches.

Dans la deuxième partie de son analyse* publiée dernièrement dans nos colonnes, Bédel Mpari interpelle les décideurs africains sur la nécessité de financer des programmes de recherche sur le continent. Le Covid-19, rappelle-t-il a été séquencé très vite par les Chinois puis par les Européens. Ensuite des essais thérapeutiques ont été lancés pour évaluer l’efficacité de plusieurs molécules de façon isolée ou en association. Essais qui portaient essentiellement sur des antirétroviraux connus utilisés notamment contre le VIH ou Ebola, et qui ont révélé que le Covid-19 n’avait pas muté pendant son voyage entre l’Asie et l’Europe.

Il revient maintenant à l’Afrique de commencer par séquencer le Covid-19. Les virus mutent beaucoup et facilement observe le docteur Mpari et rien ne dit qu’il n’a pas muté entre l’Asie et l’Afrique, les conditions environnementales des deux continents étant radicalement différentes. Son séquençage sur le terrain africain permettra de savoir s’il a connu des mutations. En effet, souligne-t-il, en cas de mutation touchant le site d’action de la chloroquine, le produit miracle que l’Afrique attend de ses vœux pourrait ne pas être efficace sur le Covid-19  « africain », car muté, même si elle s’avérait être efficace ailleurs. Ceci serait aussi valable pour toute  autre molécule ayant fait preuve de son efficacité par ailleurs.

Selon lui, les chefs des Etats africains doivent maintenant financer la recherche dans leurs pays respectifs : « le continent regorge désormais d’experts hautement qualifiés, dans divers domaines, formés à la bonne école. Il faut juste leur fournir des moyens (…). Et mettre en place des fonds nationaux de recherche clinique sur le Covid-19. On pourra même envisager la création d’un fond africain de recherche sur le Covid-19  pour mutualiser  les moyens humains, financiers, matériels… ». La lutte contre le Covid-19 est une affaire nationale, poursuit Bédel Mpari et toutes les compétences devraient être associées « pour que la riposte soit à la hauteur du mal ».

Parmi ses préconisations, il faudrait constituer un comité composé d’experts avec la possibilité de faire appel aux ressources extérieures qui aura pour mission de sélectionner quelques projets de recherche clinique, dans l’objectif de séquencer le Covid-19 et initier des essais cliniques. « Une partie des sommes allouées à la riposte pourrait être affectée à la réalisation des projets de recherche sélectionnés, ajoute-t-il. Dans cette quête d’armes efficaces contre le Covid-19, pourraient être aussi associés, des tradipraticiens. Ils disposent en effet d’un savoir ancestral qui pourrait aider des chercheurs à sélectionner des plantes pouvant avoir une action sur le Covid-19 ». Et il rappelle à ce sujet que la chloroquine « considérée aujourd’hui comme un produit miracle venu d’un autre monde a été extraite d’écorces du Quinquina, plante répandue en zones tropicales ».

« Avec une équipe bien structurée, on peut tester  in vitro une centaine de plantes en quelques jours. En cas d’effet avéré, d’une plante sur le virus in vitro, un essai clinique de phase III pourra alors être réalisé avec des résultats en quelques semaines. Comme le font d’autres pays, les mêmes tests pourront aussi être effectués avec des antirectroviraux utilisés contre le VIH notamment et disponibles au Congo. » L’Etat devrait agir vite car nous n’avons plus le temps de prendre notre temps, le danger est parmi nous, nous devons l’éloigner, c’est l’affaire de tous les Congolais et il y a urgence alerte-t-il.

* Le Pr Didier Raoult et la chloroquine peuvent-ils sauver l’Afrique du Covid-19 ? Point de vue d’un Africain, spécialiste des essais cliniques, ancien étudiant du professeur  Didier Raoult. Une tribune à relire en intégralité et en libre accès sur notre site Internet www.adiac-congo.com.

 

Le Dr Bédel Mpari est neuropharmacologue et neurodéveloppementaliste
Diplôme inter-universitaire de Formation des investigateurs aux essais cliniques de médicaments (DIU-FIEC) de l’université de Marseille
CHU de Brazzaville
Enseignant vacataire à l’Université Marien-Ngouabi

 

Bénédicte de Capèle

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