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Mnangagwa à l'épreuve du pouvoir

Lundi 27 Novembre 2017 - 9:32

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Prestation de serment solennelle dans un stade de Harare pris d’assaut par des compatriotes enthousiastes, Emmerson Mnangagwa est, depuis le  24 novembre, le nouveau président du Zimbabwe. Il remplace Robert Mugabe, poussé vers la sortie après qu’il a eu maille à partir, justement, avec ce dernier. Un ex-bras droit devenu sans doute encombrant pour le vieux leader, par-dessus-tout le héros de l’indépendance de l’ancienne Rhodésie du Sud qui peut lui témoigner sa reconnaissance pour l’avoir libérée du joug colonial, en 1980.  

Cela arrive-t-il peut-être souvent à tous les dauphins potentiels ? Quand vient le moment de passer la main, alors que le cœur de celui qui lorgne la place avec espoir bat la chamade, le titulaire retarde l’échéance par moult préconisations. Dans le cas du Zimbabwe, la Constitution adoptée par référendum, en 2013, limite à deux le nombre de mandats du président de la République élu pour cinq ans. Le vieux Bob avait le droit, au regard de ces dispositions, de concourir en 2018, n’ayant en effet accompli, dans le cadre de la nouvelle loi fondamentale, qu’un seul quinquennat conquis en 2013. Mais depuis bien longtemps, la guerre de succession était engagée au sein de son parti, l’Union nationale africaine du Zimbabwe –Front patriotique, Zanu-PF.

Avant donc que Grace Mugabe ne remonte en surface et formule assez clairement ses ambitions de prendre la relève de son époux, Emmerson Mnangagwa, ami de longue date de Robert Mugabe, faisait office de successeur plus ou moins naturel. Dans une telle posture, un dauphin peut-il passer son temps à recenser les « échecs » de son mentor, au regard de cela, se mettre à croire son heure sonnée, et parfois multiplier des erreurs ? Dans la pure tradition africaine, Mugabe a alors estimé que Mnangagwa pariait sur la fin de ses jours en consultant des féticheurs. Son limogeage de la vice-présidence du Zimbabwe était intervenu dans ces circonstances. On peut néanmoins imaginer la pression que toute cette cacophonie avait pu exercer sur le chef de l’Etat.

Rentré ensuite triomphalement de son bref exil pour prendre le pouvoir, Emmerson Mnangagwa a autant de défis à relever. Le premier est interne à la Zanu-PF s’il ambitionne de la représenter à la présidentielle qui devra se tenir, en principe, l’année prochaine. L’apparent soutien populaire qu’il a reçu à son retour d’Afrique du Sud, la mine tranquille des militaires qui ont été de beaucoup dans le dénouement pacifique observé pendant les événements sont peut-être des atouts sur lesquels il pourrait s’appuyer pour espérer contrôler la situation à venir. Quand il parle de l’avènement d’une nouvelle ère au Zimbabwe, promet du travail à ses concitoyens, il sait que de telles avancées ne peuvent s’accomplir en ces quelques mois de la transition qu’il conduit aujourd’hui.

Les jours prochains seront précieux pour les observateurs au regard des décisions que prendra le nouveau président zimbabwéen : le sort réservé à son prédécesseur, le calendrier électoral, ses rapports avec l’opposition, ses hommes de confiance appelés au gouvernement révéleront enfin l’homme au contact de la réalité du pouvoir qu’il a vu briller et se débrider au long de trente-sept années. Il ne sera plus du tout ce « crocodile », à qui l’on prête d’avoir vécu dans une mare où seuls survivent les plus robustes. Il est devenu le président de tous les Zimbabwéens qui, sachant de toute évidence que leur pays regorge de riches espèces fauniques, veulent manger à leur faim dans un pays où les dirigeants sont des messagers du bonheur pour leurs compatriotes.

Gankama N'Siah

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