Portrait : Bernard Bouka, un artiste musicien atypique

Jeudi 23 Mai 2019 - 22:05

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Le guitariste, chanteur et auteur compositeur est depuis octobre 2016 le président de l’Union des musiciens congolais (UMC). Il a débuté sa carrière à Fort-Rousset, actuel Owando, dans le département de la Cuvette, au début des années 1960.

Tout a commencé pour lui dans la chorale Christ-Roi où il était serviteur de messes, au diocèse d’Owando. Joseph Ondongo et Roger Ngourou sont les choristes qui l’ont accueilli, sous l’encadrement de l’abbé Okoumou et les pères Ondzia. Ils l’ont formaté dans cette musique de type classique, grégorienne.

En 1966, interviendra la nationalisation des écoles. Le mouvement des pionniers va prendre corps, laissant place au développement d’une grande dynamique dans le pays. Dans cette ébullition, Bernard Bouka se retrouvera dans la musique profane. Avec des frères de la contrée, ils créeront leur premier groupe vocal : Les Jeunes Cousins. Richard Eyeni, commissaire des pionniers, assurera leur encadrement.

Dans le lot, il y avait Jean Matthieu Atipo et Marie Atipo (oncle et maman de Doudou Copa),  Jean Djangué, Mao Ingoulou, John Ngakosso… Ce groupe connaîtra un succès fou qui l’amènera jouer à Boundji, Makoua.

« Nous étions les stars de la région. En 1967, nous sommes venus à Brazzaville participer à la semaine culturelle qui s’est tenue à l’actuel stade Marchand. Je ferai la connaissance de Jacques Loubelo dans Les cheveux crépus, Rigadin Mavoungou  (le père) dans l’Ecole bleue y compris les Anges. Le groupe vocal va beaucoup se perfectionner », a indiqué Bernard Bouka.

L’interprétation de certains titres de Johny Hallyday fera de lui une célébrité. De par son look, on l’appelait par « Il a tout cassé ». Un des titres phares des chansons qui ont marqué la carrière de Johny Halliday.

Marie Bella, une musicienne du Gabon, arrivée dans la région, fera sa découverte au cours d’un concert. Il est recruté dans son orchestre avec l’accompagnateur des Jeunes cousins. Cela sonna le glas dudit groupe.

Deux ans plus tard, en juillet 1969, Bernard Bouka est recruté dans l’armée nationale, au Groupement aéroporté. Arrivé à Brazzaville, la passion continuera à s’exercer en lui. Au sein de l’armée, il découvrira d’autres artistes comme Jean Abandza  qui avait une belle voix et chantait bien. Il y en avait d’autres : Simon Mangouené, Lambert Kabako et ils allaient chanter au bar Bouya, à Poto-Poto. « On commençait à nourrir l’ambition de former un groupe. On aimait beaucoup la musique de Fiesta, de Tabu Ley. Les grands succès des années 1962-1963. Tout cela suscitait en nous une envie véritable de la musique », a souligné Bernard Bouka.

Ainsi, en 1970, ils vont créer l’orchestre Les Guerreros. Une création qui va coïncider avec la sortie des Grands Maquisards. Le groupe mettra son  premier disque sur le marché : "Bokouli bua Congo" et fera du chemin. La première sortie officielle aura finalement lieu en 1971. Le maquis se faisait au camp Makala, après le pont du Djoué, sous l'encadrement du capitaine Denis Sassou-N’Guesso avant d’être rejoint par Ange Diawara.

« On chantait des chansons liées au patriotisme. Nous avions alors fait notre premier enregistrement à la Socodi (Société congolaise de disques), en 1972. Le premier titre c’était Ezaleli ya soni. La face B c’était la chanson Mwasi ya bar de Laurent Botséké », se souvient Bouka.

Ces deux chansons vont booster les Guerreros. Bernard Bouka en a composé près de dix : "Moussa Eta" (tué au cours d’une opération de police), "Mwana nketo", "Ngondo Maria", "Obus na motema", etc.

Les Guerreros vont connaître une véritable ascension avec l’arrivée de Boulos Loupino, Laurent Botséké, Maurice Koyo. Les orchestres de corporation seront créés dans la plupart des entreprises publiques. Cette initiative amènera les militaires de Congo Kinshasa à avoir un orchestre appelé BMW ‘’Pelissa vroum’’.

Les Guerreros seront invités avec les Bantous de la capitale à animer au mariage du président Marien Ngouabi.

« Nous étions habillés en tenue bleue de nuit et les Bantous en tenue camouflée», a-t-il expliqué.

Fort de tout ce succès, il a adhéré à la Sacem. Malheureusement, les stages et formations en Chine, en URSS, en France vont contribuer de beaucoup à la mort de ce mouvement. Une partie des Guerreros est allé à la Marine nationale pour former Flotte musique. Bernard Bouka est aujourd’hui colonel des Forces armées congolaises à la retraite.   

A Ferdinand Milou

Légendes et crédits photo : 

Bernard Bouka

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