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Pour Mfumu*

Samedi 27 Juin 2020 - 17:38

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Depuis le 28 décembre 2018, la rubrique « Brin d’histoire » n’est plus en vue dans Les Dépêches de Brazzaville. Elle paraissait tous les vendredis en dernière page de notre quotidien sous la signature, on va dire « robuste », de l’une des plumes les plus palpitantes de la presse congolaise. Chroniqueur affuté, Mfumu a beaucoup renseigné sur la rumba des deux Congo et ses acteurs émérites ; il a parfois effectué des virées en politique passant en revue, avec un certain penchant au sermon, les hommes et les femmes qui peuplent cet univers fluctuant tourné vers l’engagement public.

Un jour, par amitié, mais aussi par courtoisie pour le temps que nous avions passé ensemble depuis lors, il eut l’honnêteté de m’alerter sur la fin de la partie. Ayant pendant sept longues années donné le meilleur de lui-même, le temps était venu pour lui, me confia-t-il, de prendre du recul et observer. Je lui faisais part de mes doutes quant à le voir quitter la scène journalistique pour de bon. Et là, il me fit une assurance : « si un sujet me tient, j’emmancherai à nouveau ma plume et me remettrai à l'ouvrage ». Pour dire qu’en principe, le journaliste de sa trempe ne pouvait pas s’avouer vaincu. Il ne faisait pas que cela car, la littérature, l’autre lieu de veille qui puise dans l’observation quotidienne de la société, était aussi son domaine de prédilection. Ses travaux en la matière sont variés.

Je témoigne de la passion d’écrire qui caractérisait Mfumu ; la passion de voir son texte paraître et de vous annoncer que le prochain, les deux et trois prochains, seront mis en boîte demain. Tenir une rubrique dans un organe de presse à parution régulière n’est pas chose facile. A l’obligation de toujours occuper sa place par égard pour les lecteurs s’ajoute la probité de ne pas verser dans le cafouillage. Bien souvent, en effet, il me le répétait toujours, à juste titre, que l’inspiration, comme le souffle dans une course de fond, peut se raréfier. Tâchez d’être à la hauteur et ne donnez pas l’impression à ceux qui vous suivent qu’en fait, c’est bien quelqu’un d’autre qui rédige à votre place ces textes appréciés du public que vous signez.  

Puisqu’il bougeait beaucoup, Mfumu prenait le temps de remplir son « blanc ». Au départ, ses textes semblaient plus longs. Nous lui avons recommandé de faire dans la norme, les temps de la lecture étant aussi ceux pour faire autre chose. Il n’avait en tout qu’une demi page du revers du journal, et donc pas une place indéfinie, lui précisions-nous. Il s’y était conformé et nous acheminait à chaque rendez-vous un feuillet et tout de même un gros demi. Il a pu envoyer des papiers depuis l’extérieur quand il était en voyage. Chez lui, au Congo, il naviguait globalement entre Brazzaville et Pointe-Noire.

En toute chose, il y a un début et une fin, dit l’adage. Ce texte se finit ici, non sans rappeler le dernier « Brin d’histoire », paru le 28 décembre. Mfumu l’avait intitulé « Clap de fin ». On dirait qu’il avait sorti de ses entrailles le genre de choses qui sommeillent en tout homme et qui, en dernier ressort, vous incitent à vous lancer de toutes vos forces dans la bataille. Il y avait du « gros » français mais aussi et presque toujours cette envie d’appeler chacun à prêcher par l’exemple. Par souci du travail bien fait. Je pense.

Mfumu nous a quittés dans la nuit du 24 au 25 juin, nous republierons « Clap de fin » dans notre édition datée du vendredi 3 juillet à la même place où ce texte parut le 28 décembre 2018.  

 

    *Ce texte, légèrement retouché, est paru dans nos colonnes, le lundi 28 janvier 2019 sous le titre, « Mfumu a travaillé ici ».

 

Gankama N'Siah

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