Procès sur le meurtre des experts de l‘ONU : un ex-gouverneur et un ancien ministre mis en cause

Mercredi 28 Novembre 2018 - 13:30

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Vincent Manga, l’un des principaux prévenus poursuivis pour le meurtre des deux fonctionnaires onusiens au Kasaï, a, au cours de l’audience du 26 novembre tenue au tribunal militaire de Kananga, mis en cause certaines personnalités qui, selon lui, fournissaient les miliciens en munitions.

Après une longue trêve, le procès sur le meurtre de deux experts de l'ONU, Michael Sharp et Zaida Catalan, qui se déroule à Kananga, a repris le 26 novembre. C’est sur des chapeaux de roues que cette affaire a repris avec, à la clé, des révélations accablantes faites par le présumé chef de la milice Kamuina Nsapu qui, jusqu’à preuve du contraire, porte la responsabilité de l’assassinat de ces deux experts. Vincent Manga, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’a épargné personne dans sa déposition, citant quelques officiels d’être impliqués dans cette affaire pour avoir notamment fourni des armes au groupe accusé d’avoir tué les deux fonctionnaires onusiens. L’intéressé a livré à la Cour sa version de faits par rapport à ce  qu’il a vu au cours de la journée fatidique du 12 mars 2017. C’est ce jour là que Zaida Catalan et Michael Sharp ont été tués dans le village Moyo Musuila, au Kasaï central.

Le prévenu a cité, entre autres, un ancien gouverneur du Kasaï, Alex Kande, ainsi qu’un ex-ministre, Clément Nkanku, qu’il a présentés - à tort ou à raison -, comme les principaux donateurs et pourvoyeurs en armes et munitions aux miliciens à qui il aurait été promis monts et merveilles après exécution de leur sale besogne. Un colonel des Forces armées de la République démocratique du Congo, en la personne de Jean de Dieu Mambweni, aurait, toujours d’après Vincent Manga, joué à l’entremetteur dans cette opération. Il en est de même d’un certain Jean Bosco Mukanda qui aurait rassuré les miliciens quant à l’obtention de tout ce qui leur avait été promis (véhicules, parcelles, numéros matricules à la Fonction publique et autres avantages).       

Quant à son co-accusé Jean-Bosco Mukanda, un autre ancien chef de milice, Vincent Manga a soutenu l’avoir vu remettre une mèche de cheveux de l'experte suédoise Zaida Catalan aux chefs de villages voisins et gardé la tête du cadavre comme preuve à fournir aux commanditaires. C’est encore lui, à en croire Vincent Manga, qui aurait informé par téléphone les miliciens de l’arrivée du convoi des experts sur le tronçon Kananga-Bunkonde.

Il est clair que le récit de Vincent Manga est venu désorienter quelque peu la Cour quant à ses convictions de départ. Chargé par ses pairs, notamment les prévenus Bula Bula et autre Jahira Mulumba qui l’ont présenté, en tant que chef de milice, comme le  cerveau-moteur de l’assassinat des deux experts de l’ONU, Vincent Manga continue néanmoins de plaider non coupable bien qu’il ait été présent sur le lieu du crime. Cependant, au cours des audiences précédentes, les prévenus Constantin Tshidime Bulabula, Evariste Ilunga, l'infirmier Maurice Tshibuabua, le chef coutumier Tshikele ont accusé Vincent Manga d'avoir exécuté les deux experts et leurs accompagnateurs.

Face aux versions contradictoires des uns et des autres qui s’accusent mutuellement, le ministère public a estimé qu’il faudrait maintenant procéder à leur confrontation directe mais également avec les renseignants ayant déjà déposé devant le tribunal afin de faire éclater la vérité.  Affaire  suivre.      

Alain Diasso

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