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Que dit Claude-Alphonse N’Silou ?

Lundi 22 Juillet 2013 - 10:30

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Ministre en charge de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Claude-Alphonse N’Silou, architecte de profession, est aussi le président du Rassemblement citoyen (RC). Il crée son parti en 1998, après de longues années passées aux côtés de Bernard Kolelas au Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI). Sous les couleurs de cette formation politique, il exerce comme ministre de l’Équipement et des Travaux publics dans l’éphémère gouvernement « 60-40 » dirigé par Claude-Antoine Dacosta (décembre 1992 - juin 1993) au sortir de l’arbitrage des militaires qui faisait suite au renversement de l’équipe Bongho-Nouara.

Pourquoi s’était-il brouillé avec Bernard Kolélas ? Les contes perdus de la capitale congolaise prétendent que Claude-Alphonse N’Silou avait mal pris de ne pas figurer parmi les ministres retenus par le fondateur du MCDDI, lorsqu’il fut question (en 1995-1996) d’intégrer les cabinets successifs du président Pascal Lissouba dans le cadre de l’accord conclu par les deux parties au sortir du conflit socio-politico-militaire de 1993. À titre de rappel, les trois « élus » furent Philippe Bikinkita à l’Intérieur et Sécurité, Mélanie Ebouritso aux Affaires sociales et Luc Daniel Adamo Matéta aux Régies financières. Aucune version officielle de l’intéressé, ou de son ancien parti, n’est venue étayer cette allégation. Autant faire prévaloir le bénéfice du doute.

Seulement l’homme avait pour de bon pris ses distances avec son ancien mentor avant d’assumer sa liberté de parole et d’action. À la fin de la guerre du 5 juin 1997, alors qu’il se trouvait à Paris, en France, lui et un ancien ministre du gouvernement Milongo, en l’occurrence Alexis Gabou, apportèrent par communiqué leur soutien aux nouvelles autorités congolaises. Le président Denis Sassou N’Guesso avait sans doute été sensible à une telle prise de position au regard de l’hostilité dont son gouvernement issu de la guerre faisait l’objet dans le camp de son ex-allié Bernard Kolélas, sachant effectivement que Claude-Alphonse N’Silou et Alexis Gabou étaient au départ, politiquement parlant, proches de ses détracteurs.

Le présent exposé ne se fonde pas tout à fait sur ce lointain épisode du riche parcours du président du RC. Il porte sur l’achat par ce dernier dans les journaux de la place (le nôtre y compris) de pages reprenant une déclaration qu’il a faite il y a presque quinze ans jour pour jour, au mois de juin 1998, au moment de la création de son parti. Cette déclaration est intitulée L’Appel du Rassemblement citoyen de juin 1998 : les leçons de l’histoire… ou l’opportunité manquée. Dans celle-ci, Claude-Alphonse N’Silou pointe du doigt les « mauvais choix » sur lesquels le Congo s’est engagé très souvent, parle des « anciens » qui ont échoué dans leur gouvernance politique et bat en brèche des idées (presque) reçues sur les notions d’État de droit, de paix, de sécurité, de stabilité et de démocratie : « Tout naturellement la force compromet la paix quand la volonté de développement ne s’accompagne pas d’une démocratie permettant l’alternance politique », peut-on lire en passant.

Mais le texte met en exergue cet autre propos de son auteur : « Il est urgent que des personnes de bonne volonté se retrouvent et mettent en place un cadre qui fera que, de manière définitive, l’alternance ne soit plus source d’inquiétude ou de peur pour les uns et de joie pour les autres. Nous devons vivre notre démocratie normalement. C’est cela qui marquera la fin des crises dans notre pays et le début d’une véritable prospérité pour notre peuple… »

Pour n’avoir rien retranché de cette déclaration vieille de plus d’une décennie, Claude-Alphonse N’Silou concède sans doute que le fond de sa pensée est toujours d’actualité. Peut-être portera-t-il ce débat dans l’arène de sa famille politique, la majorité présidentielle actuelle, avec laquelle il est en alliance depuis son entrée au gouvernement voici bientôt onze ans. Lorsqu’il publie son texte en juin 1998, nous sommes une année après la guerre de 1997. En ce mois de juillet 2013 choisi par le président du RC pour « réchauffer » son plat avec l’ambition d’attirer plus d’adhérents dans son parti, cela peut augurer d’un vaste programme politique dont tous les contours ne sont peut-être pas encore dessinés.

Retenons néanmoins qu’il prend sa liberté. À cinquante-neuf ans, ce n’est ni trop tôt ni trop tard.

Gankama N’Siah

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Édition Quotidienne (DB)

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