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Retenir le souffle pour le Libéria

Lundi 6 Novembre 2017 - 8:53

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Près d’un mois après le premier tour, le 10 octobre, sauf avis contraire de la Cour suprême qui dévoilera, aujourd'hui, sa position sur la poursuite ou non du processus électoral  en cours, les Libériens devraient retourner aux urnes ce mardi 7 novembre, pour élire le successeur de la présidente Ellen Johnson Sirleaf, arrivée au terme de ses deux mandats constitutionnels (2005-2011 et 2011-2017). Dans cette optique, le second tour opposera Joseph Boakai, vice-président sortant, au sénateur et ancienne star de football, George Weah.

Crédité de 39% de voix au premier tour, contre 29% pour son challenger, Weah peut gagner la présidentielle s’il capitalise sur son avance plutôt confortable. Il est passionné de politique depuis qu’il a pris sa retraite internationale de footballeur en 2007, et s’est mis aux trousses de la fonction suprême avec quelques bonnes fortunes. En 2005, celui qui continuait encore de taper dans le ballon perd l’élection avec 40, 6%, face à Ellen Johnson Sirleaf 49,4%, mais il l’avait tout de même devancée au premier tour (28,3% contre 19,8%). Son « manque de formation et d’expérience politique » est alors l’argument de poids manié par ses adversaires pour le maintenir dans les vestiaires du champ politique d’un Liberia laissé exsangue par une guerre civile atroce (1989-2003), qui fit, selon les estimations officielles, quelque 250 000 morts.

Si le Ballon d’Or 1995 a pu se former, depuis, il reste de nombreuses inconnues sur le chemin d’une élection de cette importance, car aux intérêts en jeu dans ce pays en transition démocratique qu’est le Libéria, s’adossent nécessairement des passions qui sommeillent non loin.  A quelques jours du scrutin, le candidat arrivé en troisième position avec près de 10% des suffrages, Charles Brumskine, a introduit une requête pour « fraudes », auprès de la Cour suprême et demande l’annulation pure et simple du premier tour.

Comme lui, le camp de Joseph Boakai dénonce, dans la formule consacrée de contestation des résultats électoraux en Afrique, « des fraudes systématiques et à grande échelle » et réclame une enquête. Il soupçonne, par ailleurs, la présidente sortante pourtant du même parti que Boakai, de rouler pour George Weah. Après douze années passées dans l’ombre comme vice-président, Joseph Boakai ambitionne légitimement de gouverner avec les pleins pouvoirs en tant que chef d’Etat. Dans ce sens, ses soutiens peuvent se compter parmi les membres ayant participé à la gestion du Libéria aux côtés de Sirleaf, mais aussi ceux qui souhaiteraient faire équipe avec lui à l’instar de Charles Brumskine.

Le fait pour George Weah de composer avec d’anciens chefs de guerre, ou leurs proches, ne pourrait-il pas lui attirer des ennuis ? Il lui est reproché d’avoir pris pour colistière (sa future vice-présidente s’il est élu), Jewell Howard-Taylor, l’ex-épouse de Charles Taylor. L’ancien président du Libéria purge une peine de 50 ans de prison à la Haye pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour son rôle dans la guerre civile de ce pays. Weah a aussi reçu le soutien de Prince Johnson (7% des voix au premier tour), l’autre seigneur de guerre libérien rendu célèbre par la vidéo de mise à mort d’un autre ancien président, Samuel Doe, qui fit le tour du monde pendant ce conflit. Les compétiteurs de l’envergure de l’ex-sociétaire du PSG et de l’AC Milan savent bien qu’un match n’est jamais gagné qu’au bout du temps réglementaire, voire des prolongations.

Néanmoins, si le Libéria réussit à se prémunir des violences liées aux élections devenues le lot de beaucoup de pays africains, il poursuivra le chemin de la reconstruction et de la réconciliation qu’il a emprunté depuis un peu plus d’une décennie dans une nation où les défis ne sont pas que politiques. Les statisticiens du développement humain placent le Libéria dans le carré des dix pays les moins développés au monde. Cela devrait interpeller la conscience de ceux et celles qui ambitionnent de prendre ses destinées en main.

Dans l’hypothèse où ce sera Weah, il n’y a jamais deux sans trois, alors le premier pays africain indépendant (1847), premier à élire une femme présidente de la République, sera donc aussi le premier à léguer la haute charge de président de la République à une ex-grande pointure du sport le plus populaire de tous les temps.  

Gankama N'Siah

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