Opinion

  • Éditorial

Roman

Lundi 10 Septembre 2018 - 11:31

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel


La littérature a ceci de fascinant que les romanciers prennent souvent leurs rêves pour la réalité, leurs obsessions personnelles pour la vérité. Ce qui les conduit parfois, pour ne pas dire fréquemment, à confondre le rêve et l'histoire, autrement dit à s'enfermer dans le déni du présent au risque de tromper ceux qui les lisent.

Prenons, pour illustrer ce propos, le cas d'Alain Mabanckou qui vient tout juste de publier un nouveau roman - "Les cigognes sont immortelles" paru aux Editions du Seuil - et qui exprime cette semaine sa rancœur envers son pays natal dans une longue interview que publie Jeune Afrique. Ayant choisi de construire sa vie d'universitaire aux Etats-Unis et d'écrivain en France, il parle avec une agressivité rare du Congo, de ses dirigeants, de son évolution intérieure.  Ce qui le conduit, lorsqu'il présente sur les ondes son nouveau livre, à énoncer des contre-vérités que chacun peut aisément vérifier, autrement dit à parler de son pays natal comme un romancier et non comme un observateur.

Pour justifier son agressivité à l'égard du Congo - agressivité dont il faudra un jour décrypter les causes - Alain Mabanckou n'hésite pas, en effet, à tromper ceux qui l'écoutent ou qui le lisent. Nous sommes bien placés nous-mêmes pour le démontrer puisqu'il prétend que ses livres ne sont pas en vente au Congo alors même que notre librairie, installée en plein cœur de Brazzaville, les met en avant depuis des années comme chacun peut aisément le constater.

Plus grave encore parce que démontrant qu'un professeur au Collège de France - l'une des institutions culturelles les plus prestigieuses de ce pays - peut en venir à délivrer des mensonges qui portent atteinte à son pays d'accueil, Alain Mabanckou prétend qu'il est interdit de séjour au Congo depuis cinq ans. Or chacun sait qu'il n'en est rien, ce que confirme le ministre de la Justice, Aimé Ange Bininga, en page 9 de ce même numéro de Jeune Afrique qui souligne les incohérences de l'écrivain sous le titre "Le mystère Mabanckou".

Ayant à plusieurs reprises, ces dernières années, invité cet écrivain à venir au Congo, l'ayant aidé de différentes façons lorsqu'il éprouvait quelques difficultés, nous pouvons dire qu'il se conduit mal, très mal envers son pays. Pourquoi ? Sans doute parce que bercé par ses succès sur le plan littéraire, il ne voit plus la vie que comme un roman. Autrement dit que la vérité compte peu, très peu désormais pour lui.

 

 

Les Dépêches de Brazzaville

Edition: 

Édition Quotidienne (DB)

Notification: 

Non

Éditorial : les derniers articles
▶ 13/11/2018 | Réécriture
▶ 12/11/2018 | Forum
▶ 9/11/2018 | Pivot
▶ 8/11/2018 | Que dire ?
▶ 6/11/2018 | Réparer ?
▶ 6/11/2018 | Itinérance
▶ 3/11/2018 | Calvaire
▶ 3/11/2018 | Bassin du Congo
▶ 30/10/2018 | Itinérance