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Si Jean-Pierre Bemba revient à Kinshasa...

Samedi 28 Juillet 2018 - 18:55

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On n’en parle plus au conditionnel, d’ailleurs. Le sénateur et ancien vice-président de RDC, leader du MLC (Mouvement de libération du Congo), Jean-Pierre Bemba, s’apprête à regagner son pays après onze années d’absence dont dix de privation de liberté passées à la Haye, aux Pays-Bas. Il n’est pas certain que lui-même, sa famille biologique, ses amis politiques, ses admirateurs et même ses détracteurs croyaient possible le dénouement qui s’est produit, le 8 juin, lorsque la CPI (Cour pénale internationale) qui le jugeait pour crimes contre l’humanité et l’avait condamné à dix-huit ans de prison a décidé, à la surprise générale, de l’innocenter. Voilà, peut-être, pourquoi l’annonce de son retour à Kinshasa, inenvisageable il y a peu, suscite quelques appréhensions.

Que va-t-il réellement se passer, le 1er août, lorsque l’avion transportant Jean-Pierre Bemba foulera l’aéroport de Ndjili ? Des foules en liesse, c’est évident, prendront d’assaut les lieux par chants et danses comme les peuples de par ici savent le faire ; des cris de joie donc, de l’hystérie parmi les fidèles qui voient dans le retour de ce presque « miraculé » de la CPI la solution à tous leurs problèmes. Il est important que le gouvernement de Kinshasa ait consenti à jouer sa partition en octroyant à l’ancien vice-président des documents de voyage en bonne et due forme. Il lui reste à assurer sa sécurité de sorte que tout se passe dans le bon ordre. Cela sera la preuve supplémentaire d’une volonté d’apaisement partagée, la RDC qui entre bientôt dans une période électorale sensible pourrait mieux aborder cette échéance tant attendue.

L’élection présidentielle d’octobre 2006, lors de laquelle Jean-Pierre Bemba a disputé sans le gagner le second tour avec le chef de l’Etat actuel, Joseph Kabila, avait fini par polariser la querelle sociopolitique autour de ces deux challengers, reléguant l’opposant historique que fut Etienne Tshisekedi à un rôle plus ou moins marginal de trouble-fête. Quelques jours, en effet, après ce scrutin, la scène kinoise se fit très peur. Des affrontements meurtriers sporadiques opposèrent les fidèles de Bemba et les forces de l’ordre jusqu’en mars 2007. Le mois suivant, le 11 avril, le leader du MLC quitta Kinshasa pour le Portugal, officiellement pour des soins, puis c’est quand il se retrouva à Bruxelles, en Belgique, qu’il fut confronté à la justice internationale. La suite est connue.

Depuis dix-onze ans, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Joseph Kabila a gagné un nouveau mandat de cinq ans en 2011, la majorité présidentielle qu’il incarne a connu des dissensions, l’opposition menée naguère par Etienne Tshiskesidi à travers l’Union pour la démocratie et le progrès social, son parti, reste divisée, le moment actuel se prête à de nouvelles configurations politiques. Jean-Pierre Bemba est-il en mesure de fédérer toutes les forces oppositionnelles qui rejettent la gouvernance actuelle en RDC ? Devant ce qui semble être la lourde machine électorale de la coalition au pouvoir labélisée FCC (Front commun pour le Congo), l’alternative peut, en effet, venir d’une entente entre Jean-Pierre Bemba, Vital Kamerhe et Félix Tshisekedi. D’où l’appel lancé par le premier pour une candidature unique de l’opposition aux élections de décembre prochain.

Il est vrai que pour l’opposition comme pour la majorité, le futur n’offrira assez de lumière qu’après le dépôt des candidatures à l’élection présidentielle. Qui portera l’étendard du FCC à ce scrutin ? Comme le déclarait le vice-Premier ministre, Léonard She Okitundu, en marge du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, le 12 juin, à Addis-Abeba (Ethiopie) (Cf. Les Dépêches de Brazzaville/Le Courrier de Kinshasa du 16 juillet 2018), le candidat de la majorité présidentielle sera connu avant le 8 août, date de clôture des dossiers. Eux-mêmes le connaissent sans doute déjà. On est à peu près certain que le retour de Jean-Pierre Bemba créera l’événement en RDC mais que le nom de l’homme ou de la femme que présentera la majorité sortante comme candidat à la présidentielle de décembre en créera un autre beaucoup plus bruyant. En termes de réactions positives ou négatives.

Gankama N'Siah

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