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Stress diplomatique

Lundi 2 Avril 2018 - 19:01

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Comment les fonctionnaires des ambassades touchées par la vague de rapatriements en cours entre la Russie et plusieurs pays occidentaux vivent-ils la crise diplomatique provoquée par l’affaire Skripal ?  Mal, sans doute dans la mesure où, à titre personnel, ceux qui sont sommés de faire leurs valises et rentrer au bercail subissent une peine collective dont le caractère arbitraire paraît indéniable.

Dans leurs pays d’accréditation, les diplomates peuvent, pour la durée de leur mandat, s’intégrer avec leurs familles et donc mener une vie tranquille. Des exemples sont légion d’enfants de diplomates nés « en mission », et qui conservent des liens parfois très forts avec leur lieu de naissance. Pendant leur mandature à l’extérieur, les fonctionnaires des Affaires étrangères scolarisent leurs gosses, tandis que leurs épouses ou époux peuvent exercer un métier et se sentir parfaitement chez eux.

Mais, tenus par des obligations de réserve dont ils sont les seuls à en comprendre les arcanes, les personnels des ambassades, à commencer par les chefs de mission eux-mêmes, sont donc tous des gens assis sur des sièges éjectables. A la moindre poussée de fièvre entre leur gouvernement et celui du pays d’accueil, l’épée de Damoclès suspendue à leur tête frappe sèchement. On imagine dans ce qu’il se passe présentement le sort des enfants arrachés à leurs écoles et priés d’abandonner leurs études. Ils souffrent sans doute autant que ces camarades de classe qu’ils doivent quitter du jour au lendemain.

Ce qui est vrai, c’est que l’empoisonnement de l’ex-agent russe, Serguei Skripal, et de sa fille Youlia, le 4 mars, au Royaume-Uni, envenime les relations entre des voisins qui se soupçonnent et s’épient mutuellement. Depuis la nuit des temps, Moscou, Londres, Washington, Paris, Berlin, Rome et Bruxelles- la liste n’est pas exhaustive- ont toujours cherché et trouvé quelque chose qui ne tourne pas rond dans leur environnement politique, économique, social et géostratégique. Tous déclarent protéger leurs « valeurs », un concept à large spectre qui couvre le domaine sensible de leurs intérêts réciproques.  

De ce point de vue, ce n’est pas la crise ukrainienne et son corollaire l’annexion de la Crimée par la Russie, en 2014, qui pouvaient apaiser le climat entre ces pays. Ce n’est pas l’intervention « musclée » de Moscou dans la guerre en Syrie, aux côtés de Bachar al Assad, qui pouvait tranquilliser leurs chancelleries, encore moins la récente réélection de Vladimir Poutine pour un nouveau mandat de six ans à la tête de la Fédération de Russie qui pouvait être le signe d’un quelconque déclic dans cette guerre froide bis qui ne dit pas son nom.

Dans l’univers des grandes puissances, on se projette toujours plus loin dans le futur. On prend soin d’analyser et comprendre ce qui se cache derrière le discours passablement banal, terriblement brutal ou relativement cohérent de l’adversaire et même de l’allié.  C’est pour cela qu’il est possible de considérer l’épreuve de force diplomatique qui se joue entre Moscou et les capitales occidentales citées plus haut autour d’une affaire Skripal qui n’a pas encore révélé tous ses contours comme les ingrédients d’une bataille stratégique féroce commandée par l’état actuel de la situation au Proche-Orient.

Gankama N'Siah

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