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Samedi 9 Juin 2018 - 19:00

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Bien souvent, entre la France et ses ex-colonies d’Afrique francophone, le torchon brûle. Est-ce le cas, en ce moment précis, entre Paris et Brazzaville ? Est-ce à dire que si crispation il y a, elle est si profonde que Paris et Brazzaville, les deux capitales de la France pour l’histoire et pour la vie, approcheraient le point de non-retour ?

Le 7 juin à Brazzaville, la chaleur était néanmoins de mise, lorsque le président de la République du Congo, Denis Sassou N’Guesso, recevait le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Le chef de l’Etat était assisté de son directeur du cabinet; du ministre des Affaires étrangères, de la coopération et des Congolais de l’étranger; de l’ambassadeur du Congo en France; de ses conseillers politique et diplomatique ainsi que du secrétaire général des Affaires étrangères.

Accompagné de l’ambassadeur Bertrand Cochery, en poste à Brazzaville, et de ses collaborateurs du Quai D’Orsay, Jean-Yves Le Drian a été plus que l’homme du moment. La presse notamment s’était mobilisée pour arracher de la bouche du chef de la diplomatie française l’adjectif qualificatif de la température actuelle entre le Congo et la France. Ceci, peut-être, parce que la veille, et avec insistance, une « déferlante médiatique », pour reprendre l’expression d’un confrère, assenait le coup de grâce à cette relation franco-congolaise qui prendrait l’eau de toute part.

Il est vrai qu’au plan extérieur, pour des raisons de politique intérieure souvent tellement intérieures qu’elles sont parfois difficilement digérables à l’extérieur, se déroulent au Congo les procès de personnes soupçonnées de projeter la déstabilisation des institutions. Il est vrai, en outre, que de Paris rejaillissent sur Brazzaville des images et des discours qui frisent l’entorse au vivre ensemble entre Congolais. Des agressions signalées sur la place de Paris donnent à penser que la Ville lumière ne distribuerait plus son hospitalité aux ressortissants de l’ancien Congo-français que de manière sélective ! Ces péripéties symbolisent-elles vraiment ces relations présentées comme « compliquées » entre les deux pays ?

La réponse donnée par Jean-Yves Le Drian à sa sortie d’audience battait en brèche quelques idées reçues ou entretenues : « Il n’y a pas de tension entre le président Macron et le président Sassou », commentait le ministre. A-t-il seulement usé du langage feutré des diplomates pour ne pas en dire plus ou a-t-il plutôt été franc avec son cœur ? En attendant d’avoir une réponse irréfutable de la bonne entente entre les deux partenaires, on peut observer les petites attentions qui couvraient l’audience entre le diplomate français et le chef de l’Etat congolais. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps. Ils se tutoient.

« Tu as voyagé de nuit ? » « Oui, pour te voir… » se sont exclamés les deux interlocuteurs avant de longues embrassades ponctuées d’un sourire bon teint. Se sont-ils rappelés leur toute dernière rencontre deux ans en arrière, peut-être, le 25 juillet 2015 à Oyo, dans la Cuvette, quand Jean-Yves Le Drian exerçait comme ministre de la Défense sous la présidence de François Hollande ? Sans doute. Ils se sont souvenus aussi d’avoir beaucoup échangé sur la crise centrafricaine, Denis Sassou N’Guesso étant alors médiateur désigné par ses pairs d’Afrique centrale. Ils n’ont pas oublié que la République centrafricaine n’est pas sortie du cycle des violences, que l’Afrique centrale comme d’autres sous-régions du continent n’est pas à l’abri des ruptures d’équilibres préjudiciables à la paix civile.

Peut-être que comme l’a suggéré l’ambiance sereine de l’audience, Paris et Brazzaville auront à cœur d’œuvrer à apaiser le climat entre eux pour mieux aborder les lancinantes questions de stabilité, de sécurité et de développement dans une relation mutuellement avantageuse pour toutes les parties. A maints égards, la démocratie appelée de ses vœux par les forces politiques et de la société civile, ici ou ailleurs, se nourrit du dialogue permanent. 

Gankama N'Siah

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