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Tout recommencer

Samedi 16 Mars 2019 - 21:42

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Il y a vingt-huit ans, jour pour jour, exprimant leur désir de « redéfinir les valeurs fondamentales de la nation et créer les conditions d’un consensus national en vue de l’instauration d’un Etat de droit et d’une démocratie pluraliste » *, les Congolais, parmi les plus « nantis » intellectuellement, parmi les plus « battants » politiquement, et les plus mobilisés au sein de la société civile, se réunissaient pendant un peu plus de trois mois à l’occasion d’une Conférence nationale souveraine.

Si l’intention fut noble, la passion et la rancœur furent tout aussi inapaisables comme en témoigna la nature des échanges entre les parties en présence : violents pour tout dire. Heureusement, la messe se termina dans le calme, le prélat désigné pour conduire les assises invoqua pour sa part un atterrissage en douceur. Ce fut, en effet, un long voyage dans les aires, en quelque sorte, et l’on redoutait toujours qu’une inconnue ne vienne perturber la navigation.

L’enfant qui naquit de ces retrouvailles, la Constitution du 15 mars 1992, n’eut pas le temps de vraiment commencer à marcher sur ses deux jambes que ses géniteurs, c’est-à-dire l’ensemble de la classe politique congolaise, dans ce qu’elle a réussi à faire depuis lors, le non-respect des engagements, se mirent à en démonter les fondations poutre après poutre. Jusqu’à la vider de sa substance. Un forum dédié à la culture de paix, convoqué en 1995, tenta de la sauver sans suite, avant que la guerre, conséquence de la déliquescence ambiante, ne la range aux calendes grecques.

On recommença à la fin du conflit meurtrier du 5 juin 1997 de parler de reconstruction, de réconciliation, de démocratie. Le temps de remplacer la loi fondamentale jugée inapplicable dans le contexte congolais, par une nouvelle, fille elle aussi des circonstances de sa survenue. Elle aussi a fini par remplir son office, faire son temps. Preuve qu’il ne suffit pas, ici comme ailleurs, de désirer la démocratie pour qu’elle devienne une réalité, car la question se posera toujours de savoir en quoi les règles de base telles qu’elles sont définies dans la loi fondamentale épousent-elles les aspirations profondes de ceux à qui elles s’adressent ? Quel est le serment que prennent ceux-là qui, souvent portés au-devant des changements, tournent casaque aussitôt sans coup férir ?

Ces derniers temps, on l’a compris, les acteurs politiques congolais débattent de leur sujet de prédilection : le dialogue. Pas dans le modèle préconisé par la Constitution du 25 octobre 2015. Non. Un dialogue de tous les acteurs politiques, au cours duquel seront débattues les questions d’intérêt général dans les domaines de l’économie, de la politique, du social, etc. De préférence sous la supervision de la communauté internationale entend-on dire. Ce que ne fut pas le cas de la Conférence nationale souveraine.

Une fois de plus, peut-on être tenté de comprendre, les acteurs politiques congolais démontrent qu’en règle générale, ils ne s’accommodent pas des règles qui régissent leur pays. Ils aiment plutôt tout défaire, tout refaire, tout recommencer. Le peuple compte bien peu.

*  Extrait du préambule du règlement intérieur de la Conférence nationale souveraine (25 février-10 juin 1991).

Gankama N'Siah

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Édition Quotidienne (DB)

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