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Verdict impossible

Samedi 9 Septembre 2017 - 15:38

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Il est des occasions qui font beaucoup parler, mais aussi beaucoup réfléchir. La présidentielle annulée du 30 juillet dernier au Kenya en est une. Tant il est vrai que la décision de la Cour suprême de priver de sa victoire le président sortant, déclaré élu quelques jours plus tôt, a pris tout le monde de court. Tout le monde à commencer par les observateurs venus de divers horizons qui certifiaient, sur la foi des données à leur disposition, que les opérations électorales au Kenya avaient été justes et transparentes.

Opposant "historique" comme on en a un certain nombre dans beaucoup de pays africains, Raila Odinga a lui-même réalisé qu'il aurait eu tort de recourir à la rue, donc à un choix périlleux, pour contester la victoire de son adversaire, Uhuru Kenyatta. Au prononcé du délibéré par le juge du contentieux électoral, il avait eu le large sourire d'un vainqueur de guerre, là où il aurait dû se contenter de celui du vainqueur d'une bataille. Car la victoire finale, Odinga et Kenyatta ne peuvent encore la célébrer maintenant. Ce serait vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

Par le fait de défaites électorales successives qu'il a souvent attribuées aux manies frauduleuses de ses adversaires, Raila Odinga a sans  doute  raison de considérer qu'il garde ses chances intactes pour le "troisième" tour électoral qui se jouera dans moins de deux mois. Cela ne signifie nullement que ces chances-là dépasseront celles que ses partisans-électeurs lui accorderont au prochain scrutin. Elles seront plutôt proportionnelles au nombre de bulletins que ces derniers introduiront dans l'urne en sa faveur. Et c'est là que lui et son vis-à-vis sont à chances égales.

Ce qui laisse dire à certains observateurs que le duel Kenyatta-Odinga des semaines à venir porte les germes de contestations qui peuvent être violentes est la soif de l'emporter qui se lit dans chaque camp. Après avoir déclaré qu'il respectait la décision de la Cour, même s'il ne la comprenait pas, le président Uhuru Kenyatta a relevé d'un cran ses critiques à l'égard des juges de la plus haute institution judiciaire de son pays. Il prédit de possibles changements en son sein, car pour lui, quelque chose ne va pas à ce niveau.

Chez Raila Odinga, on pense fortement que la messe est dite pour l'équipe de Kenyatta. L'opposant charge désormais les membres de la Commission électorale dans la posture de quelqu'un qui a les cartes en main, comme s'il était assuré de l'emporter sans coup férir. Mais ses partisans sont aussi convaincus qu'il gagnera l'élection. Ce qui davantage grippe la machine démocratique kenyane, les deux challengers semblent s'être attribués chacun l'une des deux institutions les plus concernées dans le processus actuel. Odinga la Cour suprême, Kenyatta la Commission électorale.

Le 17 octobre prochain, lorsque les Kenyans seront retournés aux urnes pour départager les deux hommes, cet adage bantou pourrait offrir le meilleur angle d'observation de cette confrontation au sommet. Voici ce que dit l'adage: au plus fort de la rivalité entre eux, quand l'hippopotame déclare "chez moi on ne puise pas l'eau", l'éléphant rétorque "chez moi on ne récolte pas le bois". Attention à la guerre des pachydermes!
 

Gankama N'Siah

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Édition Quotidienne (DB)

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