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On moque ça?

Samedi 17 Juin 2023 - 17:31

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Ils ont pris le risque de franchir les frontières devenues dangereuses entre la Pologne, l’Ukraine et la Russie, du fait du conflit qui ravage les deux derniers pays depuis plus d’un an. Oui, les dirigeants africains ont décidé d’aller au-devant de la paix, dans le but de convaincre les protagonistes de ranger leurs armes et penser à leurs compatriotes, en treillis ou non, écrasés jour et nuit sous les bombes.

Cette mission annoncée de longue date par une ONG, La Fondation Brazzaville, active sur le terrain du rapprochement des antagonismes depuis plus de trente ans, a reçu l’appui de l’Union africaine et notamment de son président, le Comorien Azali Assoumani. Comme en témoigne sa présence dans la délégation composée des chefs d’Etat de l’Afrique du Sud, du Sénégal, de la Zambie,  l’Egypte, l’Ouganda et le Congo étant représentés par des membres de leur gouvernement.

La question que tout le monde s’est posée au moment du voyage vers Kiev et Moscou des dirigeants africains se résumait aux chances de succès d’une  initiative venant d’une région du monde non fauteuse de guerre. Arrêter un conflit d’une telle ampleur suppose, en effet, de disposer certainement d'une capacité d’exercer quelque pression sur les parties au conflit. D’un côté comme de l’autre, les lignes sont consolidées et nul ne veut céder le moindre espace déjà conquis tandis que la communication bat son plein pour maintenir le moral des troupes à un bon niveau.

L’Afrique ne livre ni missiles ni chars ni drones ni munitions aux belligérants. Comment sa parole pourrait-elle porter alors que le conflit est entré dans une phase sensible au regard de la contre-offensive ukrainienne en cours depuis le 4 juin ? A côté de ces interrogations somme toute légitimes, l’on note un flot d’autres observations tournant quasiment en dérision la mission africaine de paix. Est-on sans doute peut-être encore et toujours dans cette façon de voir les affaires du monde essentiellement sous le prisme du seul avantage des plus puissants ?

Ne disposant pas de voix prépondérante dans le concert des nations, notamment un siège permanent au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies qu’elle réclame sans succès, l’Afrique n’est certainement pas prise au sérieux quand elle engage une initiative aussi audacieuse. La vérité est que depuis l’éclatement du conflit entre l’Ukraine et la Russie, le 24 février 2022, les regards du monde entier sont tournés vers l’Afrique. On ne compte pas les visites des plénipotentiaires de haut vol sur le continent, on observe à quel point les Africains sont courtisés.

Pour certains, l’Afrique doit prendre ouvertement position dans cette guerre, ou tout au moins condamner « l’opération spéciale » de Moscou contre Kiev ; pour d’autres, elle doit observer la stricte neutralité et ne pas se mêler des affaires qui "ne la regardent pas". Les deux camps émettent des arguments qu’il n’est pas nécessaire d’exposer ici mais expliquent la profondeur du fossé creusé entre les nations à la suite de ce conflit. L’on retient globalement l’impasse dans laquelle se trouvent toutes les parties.

C’est pour tenter d’ouvrir une brèche dans le cul-de-sac russo-ukrainien que l’Afrique ou tout du moins les pays cités plus haut et leurs dirigeants soutiennent La Fondation Brazzaville. Est-ce absolument pour la gloire personnelle qu’ils le font ? On pourrait s’interroger. Les 16 et 17 juin, à Kiev, chez Volodymyr Zélensky, puis à Saint-Pétersbourg, chez Vladimir Poutine, la voix éprise de paix de l’Afrique est parvenue aux oreilles de ceux qui se battent. On peut se féliciter qu’ils aient accepté d’accueillir les messagers venus de si loin.  

Rire de la paix ou de ceux qui y croient, c’est prendre parti pour la guerre. En habillant ce penchant d’une indéfectible dérision, comme on a pu écouter parler certains, cela voudrait-il dire que les vies fauchées du fait de cette guerre qui dure ne comptent pas ? Pensons à eux !

Gankama N'Siah

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Édition Quotidienne (DB)

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