Les Dépêches de Brazzaville




Couleurs de chez nous: Au nom du genre


On aura beau clamer l’égalité des sexes ou des genres comme c’est maintenant le cas aujourd’hui, certaines réalités restent têtues et permettent d’observer cette répartition des tâches entre les hommes et les femmes. À quelques exceptions près, il y a des choses réservées aux femmes et celles réservées aux hommes et il n’est socialement pas autorisé que les uns occupent le couloir des autres.

Bien que les choses semblent avoir évolué, il est inconcevable, au Congo, de voir un adulte piler le saka saka même s’il est célibataire. C’est aussi avec des yeux interrogateurs que l’on regarde ces hommes qui font le marché. Car ce lieu est considéré comme le temple des femmes : vendeuses comme acheteuses. En effet, il y a quelques années, les vendeuses au marché chargeaient de moqueries les hommes qui s’y risquaient. À l’instar des primates, la première femme lançait un cri aussitôt repris par les autres vendeuses pour donner suite à un chœur que l’homme ignorait. Innocente victime expiatoire dans cette marre à caïmans, il continue de zigzaguer entre les étals déboursant plus qu’il ne faut pour chaque produit demandé.

Dans cet univers toujours, la séparation des activités entre les hommes et les femmes était de rigueur. Les femmes avaient le monopole de la vente du poisson de mer, du poisson fumé, du légume, des divers ingrédients de cuisine, de la pâte d’arachide, de la farine de foufou, du manioc, bref de ce qui était pour la consommation. Seule était réservée aux hommes, la viande dite de l’abattoir que l’on distinguait comme étant « la viande des hommes » s’il faut traduire littéralement. Hélas!, les choses n’ont pas du tout changé.

Autres exemples : le métier de pompiste dans les stations-service qui était l’affaire des hommes comme l’était aussi celui de vendeur de bar ou de buvette. Aucunement, il n’était autorisé aux femmes de se mettre derrière le comptoir.

Au village, les hommes devaient travailler essentiellement en forêt et avec la machette, la hache ou tout autre outil censé exprimer la virilité dans son usage. Voilà pourquoi la houe était classée comme outil féminin si bien que sur la liste des objets composant la dot, la précision était nécessaire.

Dans un tel décor, il n’est pas permis aux hommes de fabriquer le manioc ou le foufou. Celui-là qui se hasardait à le faire était simplement exclu des milieux d’hommes. Voire banni et chassé du village. Derrière ces interdits, il faut lire un formatage de la personne humaine afin de la préparer à s’assumer comme « homme » ou comme « femme » avec la personnalité qui va avec.

Si en Afrique de l’ouest, voir une femme en pagne sur une moto n’est plus une curiosité, elles se comptent encore du bout des doigts ces Congolaises juchées sur deux roues.

Cependant, une tradition demeure encore : ces hommes qui continuent de nouer le pagne autour de leurs reins, le matin ou le soir, surtout en allant prendre un bain. Pas seulement ! Car les danseurs de chez nous sont spécialistes du port de pagne. Pas n’importe quels danseurs mais les danseurs traditionnels.

Van Francis Ntaloubi