Italie : « Ministre, allez vous occuper des problèmes de votre pays ! »

Lundi 5 Août 2013 - 11:30

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L’extrémisme italien est plus que jamais déchaîné contre la ministre de l’Intégration d’origine congolaise, Cécile Kyenge Kashetu

Dans l’opinion publique italienne, on joue littéralement aux montagnes russes. Ça monte, ça descend, mais le centre des attaques – et des contre-attaques – reste la ministre Cécile Kyenge Kashetu, coupable d’être la première Noire à faire partie d’un gouvernement italien. Et, accessoirement, coupable d’être en charge du portefeuille très sensible en temps de crise de l’Intégration. C’est le premier lieu d’élaboration des lois sur l’immigration et l’intégration, justement. Or, réalité ou prétexte, la crise pousse au repli et à l’affirmation des nationalismes. Entre ceux qui le disent, ceux qui le pensent, et ceux qui ne se prononcent pas, il y a une majorité pour admettre que les étrangers doivent rester chez eux. Que leur présence rend encore plus aléatoire le marché du travail…

L’Institut national italien de la statistique donne des chiffres : le chômage s’est accru de 5% ces trois derniers mois de l’été (juin, juillet, août). Et parmi les chômeurs, les plus nombreux sont les jeunes. Surtout dans le sud. C’est-à-dire la région qui vit le plus de l’agriculture (qui fournit du travail aux saisonniers, réguliers ou non) et du tourisme. Or c’est aussi dans le sud que débarquent en majorité les clandestins qui tentent d’entrer en Europe par l’Italie. Chez les extrémistes de la droite italienne, la calculette n’arrête donc pas de fonctionner, surtout dans la partie « addition ». Un plus un faisant deux, un ministère de l’Intégration dans un tel contexte devient pour eux une véritable provocation et un appel d’air. Et ils ne l’ont pas envoyé dire à la ministre italo-congolaise, en visite à Vérone dimanche.

Un des mouvements les plus agressivement xénophobes de l’Italie du Nord, Forza Nuova, a multiplié les campagnes d’affichage avec Mme Cécile Kyenge en tête de turc idéale. Dimanche, les propos ont été directs : « L’Italie traverse une crise économique et politique très grave, avec des millions de pauvres et de sans-emploi et un même un ex-Premier ministre (Silvio Berlusconi – NDLR) carrément condamné à la prison, pourtant la situation est pire au Congo. » La déclaration est de Roberto Fiore, secrétaire national de Forza Nuova. Il se dit révulsé à l’idée d’occuper le Parlement à étudier les conditions d’attribution de la citoyenneté aux enfants nés en Italie de parents étrangers. Dans un mélange de fausse compassion et de populisme affirmé, Fiore pense qu’il est temps pour ceux qui le doivent de s’occuper d’abord des problèmes réels de leurs pays de provenance.

« Même si le Congo est un des pays les plus riches en matières premières, il figure parmi les plus pauvres du monde, avec 300 milices armées sur son territoire et 5 millions de morts au cours des dix dernières années. C’est un pays où les viols sont fréquents ainsi que les pillages perpétrés par les milices. Le pic a été atteint en 2010 : 180 personnes, femmes et enfants compris, ont été victimes d’un viol de masse. 3 000 Casques bleus sont prêts à intervenir contre les milices. Nous sommes rassemblés à Vérone aujourd’hui pour demander à la ministre Kyenge de se préoccuper des problèmes immenses de son pays et d’éviter de contribuer à alourdir ceux de la société italienne avec des projets de loi absurdes comme l’introduction du jus soli (le droit du sol qui s’oppose au droit du sang, le jus sanguinis, pour l’attribution de la nationalité, NDLR). Qu’elle s’occupe de son pays ! », a déclaré Fiore devant une foule chauffée à blanc.

La façade de l’à-peu-près politiquement correct était jusqu’ici occupée par la Ligue Nord, autre mouvement xénophobe qui a des représentants au Parlement. Il est dirigé par un ancien ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni. Un de ses membres éminents, le vice-président du Sénat, Roberto Calderolli (que de Roberto décidément à l’extrême-droite !), est passé à la postérité en comparant Mme Kyenge à un orang-outang. Forza Nuova, mouvement marginal jusqu’ici, semble avoir trouvé le levier pour une présence plus affirmée sur l’échiquier. Cécile Kyenge Kashetu, qui commence à sortir de son attitude zen des premiers jours, explique qu’il faut laisser dire parce que c’est cette « Italie mauvaise » qui va révéler la « bonne Italie ».

Lucien Mpama