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Pour une réforme du carton rouge au football

Lundi 23 Juin 2014 - 1:00

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On dit le monde du football très fermé et difficile à secouer. Ainsi a-t-on attendu longtemps avant de voir les arbitres arborer une tenue autre que le maillot noir qui faisait qu’on les appelait toujours les « hommes en noir ». Depuis quelques années, la donne a changé, les « maîtres » du terrain, dont la fonction s’apparente à celle que remplissent en d’autres lieux le juge, le gendarme ou le policier, s’habillent coloré.

Pour alléger leur travail ô combien excitant, une innovation vient d’être introduite au Brésil où se déroule la phase finale de l’événement sportif le plus médiatique de la planète, la Coupe du Monde de la Fédération internationale de football association. Il s’agit de cette bombe traceuse qui aide à placer le mur lors de coups francs ou à caser le ballon au départ d’une action en réparation.

Cela dit, les arbitres ont beau s’habiller gaiment, ils ont entre leurs mains, en plus du sifflet, des petits cartons pour maintenir la discipline du jeu. Car il faut savoir, s’agissant des vingt-deux athlètes sur le terrain de football, que l’on a affaire à de vrais combattants. Armés de leurs bottines cramponnées, ils sont en chasse du ballon, du but, mais le plus souvent aussi de la jambe qui traîne. D’où l’impérieuse nécessité de garder des règles strictes afin d’assouplir le trop fort engagement de certains joueurs. Le rôle des arbitres, et tout particulièrement de l’arbitre central, est donc primordial.

La question se pose cependant de savoir si, tel qu’elle fonctionne, l’attribution du carton rouge assure l’équité dans le dénouement d’une rencontre de football. En effet, même justifiée, l’expulsion définitive d’un joueur en cours de match, parfois de deux relevant d’une même équipe, déteint a fortiori sur les chances du groupe sanctionné. Il est vrai que les équipes réduites à dix ou à neuf ne perdent pas toujours. Il arrive d’ailleurs qu’elles créent la sensation en battant à plate couture leurs adversaires restés aux normes. Le problème posé n’est pas celui-là, il concerne la règle commune du fair-play réclamée par tous qui permettrait, sur ce point précis, que les vingt-deux athlètes au complet terminent le match à l’issue du temps réglementaire.

Qu’adviendrait-il alors de l’impitoyable carton rouge ? Distribué en cas de faute grave ou d’accumulation de deux cartons jaunes, il ne serait pas dispensé du règlement. En principe, le joueur qui écope du carton rouge est exclu des deux prochains matchs de son club. Eh bien, cela est suffisant pour que la sanction ne prenne effet qu’à l’occasion de ces futurs derbies. On pourrait ici redouter une aberration : lors de finales par exemple, que ce soit en Coupe du Monde ou dans d’autres compétitions, les rencontres visées n’existent pas. Pourquoi ne pas compenser le carton rouge sans avenir par une amende substantielle au détriment de l’équipe impliquée ?

Enfin, le débat lancé présentement peut être aussi sensible que celui concernant la peine de mort. Les pays qui l’ont abolie ne sont pas moins attachés au respect des droits de l’homme. Le sport-roi a besoin de fédérer encore plus, car on voit aussi que parfois certains cartons rouges ne sont pas justifiés. Loin de mettre en cause le travail essentiel des arbitres, les marges d’erreur des juges au sifflet militent en faveur d’une réflexion sur ce qui vient d’être dit. À forces égales, chances égales, cette maxime s’appliquera difficilement dans le domaine du football si la sanction au carton rouge de l’antijeu ne se laisse pas toiletter… sportivement.

Gankama N'Siah

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Édition Quotidienne (DB)

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