Le deuil : la modernité au détriment de la tradition

Samedi 18 Août 2018 - 12:11

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Période comprise entre le décès et l’inhumation, le deuil en Afrique a une connotation de tristesse causée par la perte d’un être cher. D’un pays à l’autre, on observe divers rituels funéraires selon la tradition et la croyance de chacun.

Tout décès en Afrique est suivi d’une veillée mais également d’un enterrement quelquefois dans le village natal du défunt ou en ville pour ceux qui ont migré. Au Congo-Brazzaville comme au Congo-Kinshasa, le deuil se mesure de nos jours en fonction du rôle social du mort. Dans la plupart des sociétés africaines, on valorise le disparu alors qu’on a été absent lors de sa maladie. Les funérailles d’un enfant en bas âge sont beaucoup plus discrètes que ceux d’un notable, d’un fonctionnaire qui a contribué à l’enrichissement de sa famille. Le prix du cercueil aussi varie selon le rang que le défunt occupait dans la famille.

Le cérémonial et le lieu où se tiendra l’adieu suivent aussi cette logique. Des standards aux VIP, tout est mis en place pour que le mort soit honoré. Suivant cette logique, les obsèques se doivent d’être marquantes.  Certaines nécropoles à Kinshasa exigent désormais des gerbes de fleurs naturelles en lieu et place des fleurs plastiques.  À cela s’ajoute une nouvelle tendance : celle de déposer des paquets de jus en lieu et place des gerbes de fleurs. « C'est pour alléger les dépenses qui doivent être faites pour le bain de consolation », explique Pascal Diambu, qui a perdu sa mère.

Le deuil et les funérailles sont aussi l’occasion de grands rassemblements qui ont un coût. Des familles organisent des cérémonies funéraires rassemblant des centaines de personnes qu’il faut nourrir et dépensent des fortunes en pierres tombales et stèles qu’ils mettent des années à financer.

Le deuil a perdu son sens traditionnel

Dans les sociétés africaines modernes, les attitudes face à la mort se modifient, certains rites viatiques disparaissent au profit de funérailles ostentatoires et onéreuses. De l’uniforme spécial de la veillée aux bouquets de fleurs garnies, T-shirts et badges à l’effigie du défunt, les cérémonies de funérailles dans les deux Congo revêtent presque un même aspect au fil du temps. «La modernisation est venue mettre en mal certaines traditions africaines mais que pouvons-nous faire d’autre si ce n’est s’adapter ? » s’interroge Mambueni, venue participer à un retrait de deuil. À Brazzaville comme à Kinshasa, les cérémonies de funérailles sont devenues des moments de retrouvailles, où ceux qui sont venus compatir se partagent une bouteille de bière après l’inhumation du défunt. Les comportements autrefois exprimés dans les bars ou des stades sont aujourd’hui transférés dans les funérailles. Transformées aujourd'hui en excellents moments de réjouissance, les funérailles constituent des lieux privilégiés où les nantis cherchent à impressionner dans l’espace du deuil, en montrant de façon ostensible leur richesse. C’est également le lieu des séductions de tout genre.

Karim Yunduka

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