Le Feuilleton de Brazzaville. Acte 12. Ce que demain sera

Vendredi 30 Août 2019 - 13:43

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Parties prenantes dans l’histoire du Congo dont les hauts faits ne se sont pas produits qu’à Brazzaville, capitale de leur pays, les autres communautés ethniques venues pour certaines de très loin peupler la ville fondée par De Brazza parlent de « nostalgie » téké quand elles écoutent le discours vantant le lien de « parenté » tissé par ce dernier avec le Makoko. Elles arguent que comme l’or et le diamant, la terre, don de Dieu, revient à celui qui sait en faire bon usage. Devant le besoin, ajoutent-elles, le cycle de conquête et de reconquête des espaces vitaux ne s’arrêtera pas.  

 

A la vérité, dans le futur qui adviendra, le débat indispensable ne sera pas celui de Congolais se disputant un lopin de terre machette à la main, mais du bannissement des frontières sur la planète Terre : Africains, Européens, Américains, Asiatiques verront que ne restera des égoïsmes frontaliers que leur incapacité à créer, innover et prospérer. L’Europe et l’Amérique auront beau multiplier des stratégies pour se protéger d’indésirables migrants venus d’Afrique ou d’ailleurs, il leur sera demandé la contrepartie de la propension de leurs multinationales à continuer de puiser dans les réserves de sols et sous-sols d’autrui trouvées à des milliers de kilomètres de chez elles. L’Asie n’est pas en reste. 

Il y aura, on l’imagine, trop peu de barrières pour trop de monde vivant dans la précarité ; moins de lois pour trop de hors-la-loi poussés par l’obligation naturelle de se nourrir, se vêtir, se prendre en charge ou simplement de rejeter la domination des plus puissants. Il y aura peut-être beaucoup plus de solidarité entre les hommes pour que le grand village planétaire pensé autour des seuls moyens de communication devienne, pour le bonheur de tous, celui du vivre ensemble. 

Il ne faut cependant pas se leurrer. Les hommes et les femmes qui habitent ce bas monde n’auront pas les mêmes préoccupations, les mêmes intérêts, les mêmes attentes, les mêmes rêves. C’est bien pour cela que les disputes et les affrontements ne disparaîtront pas. Au moins, ne seront-ils plus, comme depuis la Création, le fait de la répartition des continents suivant la couleur de la peau de leurs premiers habitants. Non, la terre comme lieu de construction des vies sera partagée comme on partage, pollués ou non, la lumière du jour, l’air et le vent entre les riches et les pauvres, les puissants et les faibles, entre les Blancs, les Noirs, les Jaunes et les Rouges.

 

Jean Ayiya

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