Le feuilleton de Brazzaville. Acte 14.2. Langues et patois du Congo

Jeudi 26 Septembre 2019 - 21:00

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel

…Qui est directeur général ici ? Peut-être un homme de tel ou tel coin du Congo ? En tendant l’oreille, on le devine aisément : sa secrétaire particulière est de chez lui, son « dirpro », entendu directeur du protocole, est de chez lui.

Qui est ministre du ciel et de la terre ici ? Peut-être un homme ou une femme de tel autre quartier du Congo ? Son dircab (directeur de cabinet) est de chez lui, son assistante est également de chez lui, son body guard est de chez lui, son dirpro est de chez lui, son planton est de chez lui. En tendant l’oreille, on le devine aisément.

Les alarmistes disent que l’administration est morte ; les réalistes répondent que l’essentiel est que chacun à son poste remplisse sa mission comme il se doit. Tous les Congolais étant parents, ce serait un mauvais procès que de s’en prendre aux préférences d’un frère ou d’une sœur élevé aux hautes fonctions publiques.

Libres de parler leurs patois partout, les Congolais ont intérêt à l’enseigner à leurs enfants. Dans certains foyers, rien ne se fait. Les gosses sont francisés depuis le sein de leur mère. Du patois de leurs parents, ils ne répètent un moindre mot. Il faut se consoler en fréquentant les hommes et les femmes âgés.

Au marché Total de Bacongo, par exemple, ne soyez pas surpris qu’une maman vous accroche en lari devant son étal : « Tsi ta dinga ? », « Que désirez-vous ? ». On a l’impression que pour ces commerçantes de Total, tous ceux qui font les amplettes par-là viennent d’à-côté. Elles n’en démordent pas.

Dans les quartiers Nord, au marché Tembé na ba mbanda, à Talangaï, vous pouvez aussi tomber sur « Ya’a te ! » « Venez, s’il vous plaît » de la part d’une vendeuse mbochi, ou parallèlement « kaboen ! », une interjection pour dire « comment ça ? » chez une vendeuse gangoulou étonnée de voir que le marchandage du produit qu’elle propose à la vente est en sa défaveur.

Vous voulez acheter chez un vieux téké les choses du patrimoine ancestral dont on a besoin en médecine traditionnelle. Préparez-vous à dire « Ki ké ma ? », « C’est quoi ceci ? ». Cependant, le mot « kwè » ou « kuè », qui veut dire « combien coûte ceci » est commun aux mbochis, moyes, tekés, là où en lari on dirait « ikwa » ? Vous entendrez également « Ndaa kali » (pas de problème) chez les femmes téké alima ou téké-lima, vendeuses de coco à Poto-Poto, Mpila, Ouenzé, Mikalou, Moungali. A Mfilou, dites « Wa faço » ? (Comment allez-vous » ? pour saluer un ami ou une amie au marché ou dans la rue.

De l’époque du régime monopartite abandonné en 1991, les Brazzavillois ont hérité du vocable « Camarade », toujours partagé par les partis politiques, mais qu’ils utilisent pour nommer les Ouest-Africains tenanciers de boutiques. « Camarade, tu peux m’avoir la monnaie de 1000 FCFA ? » ; « Non, camarade je n’a pas monnaie là, oualaye ! ». Ainsi vont nos langues et nos patois ! Apprenons à dire bonjour dans la langue de l’autre. C’est constructif !

Jean Ayiya

Notification: 

Non