Le feuilleton de Brazzaville. Acte 17. De Djiri à Madibou

Jeudi 24 Octobre 2019 - 21:33

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A tout prendre, Brazzaville compte donc près d’un million et demi d’âmes éveillées qui, du petit matin à la nuit tombée, se disputent les quelques kilomètres de routes bitumées encombrées de véhicules, de vélos, de kawaki, de pousse-pousse, de brouettes et « korokoro », de piétons endurcis et même de marchandises étalées à même le sol.

Un million et demi d’hommes et de femmes qui ont réussi à étirer leur ville comme un élastique. Brazzaville ne situe plus ses limites de l’actuelle place de la mairie centrale à la rivière Djoué à Makélékélé, du quartier Poto-Poto au port Yoro de Mpila, les dix-neuf kilomètres sur lesquels elle s’étendait le long du fleuve Congo à sa création (cf. Brazzaville-la-Verte).

De Madibou, dans la banlieue sud, devenu le huitième arrondissement, en majorité habité par des ressortissants du Pool, jusqu’à Djiri, le neuvième, et Kintelé, au nord, occupés par de nombreux ressortissants du nord et du centre du pays (Plateaux, Cuvette, Cuvette ouest, Sangha, Likouala) en passant par les confins de Mfilou, Diata et du camp para-commando de la base aérienne pris d’assaut par des Congolais arrivés de la Bouenza, du Niari, de la Lekoumou et du Kouilou, sans oublier les lieux cosmopolites du centre de la ville, Brazzaville n’a cessé, depuis, de galoper.

Elle le fait sans se soucier des normes d’urbanisation. L’État, encore lui, ayant à son tour renoncé à prendre les devants ou ne le faisant qu’après coup moyennant pelles niveleuses et Caterpillar pour faire déguerpir les « occupants anarchiques » à l’origine de tant de procès dans les instances judiciaires de la capitale, de sit-in et de manifestations bruyantes dans les quartiers. Quand les Ngâ-Ntsié et leurs entremetteurs le veulent, ils revendent à deux ou trois acquéreurs un terrain destiné à un seul. Les batailles rangées à la machette ne sont pas rares, démontrant combien la terre est une denrée recherchée.

Et le million et demi de se perdre en interrogations: Où sont les espaces de jeux ? Mais où sont les espaces pour super et hypermarchés ? Où sont les espaces pour dispensaires et établissements scolaires publics ? Mais où sont donc les rues, les avenues, les stations de bus ? Il constate que dans la plupart des cas, ces lieux sont sur le point d’être réoccupés par des « anarchistes » haut placés ou non, qui les privatisent à tour de bras. La bataille pour la survie de ces espaces est de tous les instants, même si, là aussi, elle n’est soutenue par aucune association de l’inclassable société civile congolaise toujours prompte à revendiquer son statut d'interlocuteur privilégié des pouvoirs publics quand arrive le moment des palabres politiques nationales.

Jean Ayiya

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