Le feuilleton de Brazzaville. Acte 19. Rangez-vous à six !

Jeudi 14 Novembre 2019 - 20:50

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Au lieu de tout ramener à la dimension de leurs villages de provenance, de leurs origines ethniques, les Brazzavillois devraient plutôt se préoccuper du futur. Ils sont plus d’un million aujourd’hui et seront beaucoup plus nombreux dans cinquante ans. Pour l’instant, constatons ensemble que ce gros million se débrouille bien. Pour le transport en commun, ils s’accommodent des caprices des propriétaires des bus et taxis ainsi que de leurs employés au langage parfois peu courtois qui accusent leurs patrons de les presser comme des citrons.

Ces jeunes gens semblent consciemment ou non préparés à fouler aux pieds les règles de la circulation routière devant une mairie désarmée par l’absence d’un vrai service de transport urbain. Ils traitent leurs clients sans égards, les morigènent au besoin quand ceux-ci rechignent à s’agglutiner à cinq ou à six sur une banquette faite pour trois ou quatre personnes. Au passage, lorsque son bus est bondé, le contrôleur, souvent habillé en maillot de corps, les aisselles à portée de tous les regards, se fend d’un bobard tiré de sa vie de tous les jours qu’il raconte la bouche largement ouverte à qui veut l’entendre.

S’il vous plaît, devenez sourd-muet si vous êtes accompagné de votre maman, de votre sœur, de votre fille, de votre frère ou de votre père. Si vos oreilles se tendent et votre bouche en mesure de dire quelque chose, tentez alors de protester même en lui présentant vos excuses. Le contrôleur du bus, le chauffeur, ou un client embarqué comme vous dans le foula-foula, l’autre nom des voitures Toyota Hiace peintes en vert et blanc à usage commercial à Brazzaville, se chargeront de vous répondre de la manière qu’ils pourront. « Madame, Monsieur, pourquoi n’avez-vous pas emprunté un taxi ? Vous seriez plus libre, vous gagneriez plus vite votre destination, vous ne subiriez pas cette promiscuité. Allons, trêve d’orgueil, et si vous le voulez bien, taisez-vous ! ». A vous de savoir vous contenir car on ne prend pas place à bord d’un autocar pour en resortir entaillé.

Le taxi ? Ceux qui l’empruntent ne sont qu’à un pas de la méprise. Pour la simple raison que désormais, le taxi de Brazzaville n’accepte plus que très rarement une course avec un seul client à bord. Surtout lorsqu’il prend le départ à la périphérie de la ville. Il facture à 1000 FCFA la course prévue par les textes à 700 FCFA. Il roule à toute vitesse et vous explique à peu-près pourquoi : il est tenu, tous les soirs, d’apporter à son patron la recette journalière minimum exigée et de payer le carburant pour le lendemain. Lui qui, c’est peu dire, doit songer à la contribution quotidienne de la ristourne avec des amis ; lui, enfin, qui, tout en pensant à la popote chez lui ainsi qu’à sa petite amie, ne doit pas oublier de siroter une bonne bière avant d’aller dormir du sommeil du juste. En ronflant lourdement jusqu’au matin.

Jean Ayiya

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